PHILOPARTAGE

la joie de penser… (pour mes élèves des Eaux Claires)

Le rôle des arts pour une éducation citoyenne humaniste

Classé dans : A-HLP,Non classé — 10 décembre, 2022 @ 1:30

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Martha Nussbaum, Les émotions démocratiques : comment former le citoyen du XXIiem siècle ?   (extraits)

« [Nous avons oublié l’importance d’ouvrir l’âme,] de donner à une personne les clés d’accès à un monde riche, subtil, complexe ; ce que c’est que de rencontrer une autre personne comme une âme, plutôt que comme un simple instrument utile ou un obstacle pour ses propres projets ; ce que c’est que de parler en personne dotée d’une âme à une autre personne que l’on considère comme tout aussi profonde et complexe que soi-même.
[J’entends par âme ce que] Tagore et Alcott entendaient tous les deux par là : les capacités de pensée et d’imagination qui nous rendent humains et font de nos relations des relations humaines riches, plutôt que des relations de simple usage et manipulation. Lorsque nous nous rencontrons en société, si nous n’avons pas appris à voir à la fois nous-même et autrui de cette manière, en imaginant en l’autre les facultés intérieures de pensée et d’émotion, la démocratie est vouée à l’échec. Car la démocratie est construite sur le respect et l’attention, et ces qualités dépendent à leur tour de la capacité de voir les autres comme des êtres humains et non comme de simples objets. »

« La capacité à imaginer l’expérience d’un autre, capacité que presque tous les êtres humains possèdent à quelque degré, doit être largement développée et affinée si nous voulons espérer maintenir des institutions décentes, malgré les nombreuses divisions qui marquent toute société moderne. »

« Jean-Jacques Rousseau accorde un rôle central à l’apprentissage de la fondamentale faiblesse humaine : il affirme que seule la connaissance de cette faiblesse nous rend sociables et nous tourne vers l’humanité. (…) Si la culture adolescente définit l’« homme vrai » comme quelqu’un qui n’a ni faiblesse ni besoin, ou qui contrôle tout ce dont il a besoin dans la vie, un tel enseignement nourrira le narcissisme infantile et inhibera fortement l’extension de la sympathie aux femmes et, de manière générale, aux individus perçus comme faibles ou subordonnés. Les psychologues Dan Kindlon et Michael Thompson ont observé ce phénomène à l’œuvre chez les adolescents américains. Toutes les cultures dépeignent peu ou prou la virilité sous la figure du contrôle, mais c’est à coup sûr le cas de la culture américaine, qui présente aux jeunes l’image du cow-boy solitaire qui se suffit à lui-même, sans aucune aide extérieure, comme modèle. Comme y insistent Kindlon et Thompson, essayer d’être cet homme idéal suppose de prétendre contrôler un monde que l’on ne contrôle pas réellement. Cette prétention est mise à mal presque quotidiennement par la vie elle-même, lorsque le jeune « homme vrai » ressent faim, fatigue, désir, souvent maladie et peur. Si bien qu’un courant souterrain de honte traverse la psyché de tout individu qui vit à travers ce mythe : je suis censé être un « homme vrai », mais je sens que je ne contrôle pas mon propre environnement, ni même mon corps, de bien des manières. Si la honte est une réaction quasiment universelle à la vulnérabilité humaine, elle est bien plus intense chez les gens qui ont été élevés selon le mythe du contrôle total plutôt que selon un idéal de besoin mutuel et d’interdépendance. De nouveau, on peut donc voir combien il est important que les enfants n’aspirent pas au contrôle ou à l’invulnérabilité, en définissant des projets et des possibilités qui s’élèvent au-dessus du sort commun à la vie humaine, mais apprennent au contraire à apprécier pleinement la manière dont la faiblesse humaine commune est expérimentée dans un large ensemble de circonstances sociales et comprennent comment différents arrangements sociaux et politiques affectent les vulnérabilités que partagent tous les êtres humains. (…) Ce parcours – narcissisme, vulnérabilité, honte, dégoût et compassion – me semble être le cœur d’une éducation tournée vers la citoyenneté démocratique. »

« Une [importante capacité du citoyen] est ce qu’on peut appeler l’imagination narrative. J’entends par là la capacité à imaginer l’effet que cela fait d’être à la place d’un autre, à interpréter intelligemment l’histoire de cette personne, à comprendre les émotions, les souhaits et les désirs qu’elle peut avoir. Le développement de cette sympathie se trouve au cœur des meilleurs projets modernes d’éducation démocratique, en Occident et ailleurs. »

« [Une possibilité pour empêcher ces sentiments de] dégoût et de honte, est de reconnaître qu’un contrôle total n’est ni possible ni souhaitable, que le monde est un endroit où nous avons tous des faiblesses et devons trouver des manières de nous entraider. Il faut pour cela être capable de considérer le monde comme un endroit où l’on n’est pas seul, où d’autres personnes ont leur propre vie, leurs propres besoins et le droit de rechercher leur satisfaction. »

Le progrés technique de la révolution numérique est-il un progrés moral ?

Classé dans : A-HLP,Non classé — 3 novembre, 2022 @ 12:50

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« Les nouveaux médias et techniques de communication diluent l’Etre pour autrui (…) Dans les espaces virtuels, le Moi peut se mouvoir pratiquement sans « principe de réalité », principe d’altérité et de résistance. Dans les espaces imaginaires de la virtualité, le Moi narcissique rencontre avant tout lui-même. La virtualisation et la numérisation font de plus en plus disparaître le réel qui se fait surtout remarquer par sa capacité de résistance. »      (…)

« Du fait de l’efficacité et du confort de la communication numérique, nous évitons toujours davantage le contact direct avec les personnes réelles, voire le contact avec le réel lui-même. Le numérique a de plus en plus tendance à faire disparaître le vis à vis réel. A l’appréhender comme quelque chose qui résiste (càd aussi qui soit appui et soutien) C’est ainsi que la communication numérique devient toujours plus désincarnée, opposée au face à face.[...] Le smartphone fait fonction de miroir numérique pour la résurgence post-infantile du stage du miroir. Il ouvre un espace narcissique, une sphère de l’imaginaire dans laquelle je m’enferme. Ce n’est pas l’Autre qui s’exprime à travers le smartphone. »   Byung-Chul Han La société de la fatigue

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« Ce qui prime est donc l’hologramme de la vie. L’image du réel prend le pas sur le vécu. La mode des selfies renvoie de manière saisissante aux ombres projetées sur les parois de la caverne de Platon.
Les prisonniers des data sont comme des pigeons qui picoreraient avec une obstination presque douloureuse des miettes de temps, poussés par l’illusion de stopper la course de Chronos. Croyant vivre pleinement, ils ne sont présents nulle part. Captivés par la perfection du virtuel, nous en arrivons à presque détester le réel, sa complexité, ses défauts, son imprévisibilité faite de hasards déroutants. »

« Dans cette fameuse « allégorie de la caverne », les surveillants sont aussi des illusionnistes qui maintiennent chacun de leurs prisonniers dans un état de passivité et de dépendance vis-à-vis d’une réalité projetée. Ce flot permanent d’images hypnotise les détenus au point de leur ôter toute envie de s’échapper, de s’évader pour devenir libres. La prophétie de Platon est en train de se réaliser. Dans le monde voulu des big data, nous sommes enchaînés, comme jamais, à des illusions. C’est comme si l’on nous avait encapsulés dans un miroir déformant qui est aussi une glace sans tain. Le reflet de la réalité est devenu, dans nos têtes, plus important que la réalité elle-même. »

« Chaque minute, environ 300 000 tweets, 15 millions de SMS, 204 millions de mails sont envoyés à travers la planète et 2 millions de mots-clés sont tapés sur le moteur de recherche Google … Les portables et autres smartphones sont autant de tentacules grâce auxquels la pieuvre big data récupère nos données personnelles. Médias, communication, banque, énergie, automobile, santé, assurances …, aucune domaine n’échappe à ce siphonnage. L’essentiel étant fourni par les internautes eux-mêmes. Ce que nous achetons ou aimerions acheter, ce que nous allons consommer et même faire de nos journées, notre santé, notre façon de conduire, nos comportements amoureux et sexuels, nos opinions, tout est examiné. Depuis 2010, l’humanité produit autant d’informations en deux jours qu’elle ne l’a fait depuis l’invention de l’écriture il y a cinq mille trois cent ans. 98% de ces informations sont aujourd’hui consignées sous forme numérique. On assiste à une véritable mise en données du monde. Tout y passe, photos de famille, musiques, tableaux de maître, modes d’emploi, documents administratifs, films, poèmes, romans, recettes de cuisine … Une datification qui permet de paramétrer la vie humaine dans ses moindres détails.
Si 70% des données générées le sont directement par les individus connectés, ce sont des entreprises privées qui les exploitent. C’est ainsi qu’Apple, Microsoft, Google ou Facebook détiennent aujourd’hui 80% des informations personnelles numériques de l’humanité. Ce gisement constitue le nouvel or noir. Rien qu’aux États-Unis, le chiffre d’affaire mondiale de la big data – le terme n’a fait son entrée dans le dictionnaire qu’en 2008 – s’élève à 8,9 milliards de dollars. En croissance de 40% par an, il devrait dépasser les 24 milliards en 2016. »

(Société sous surveillance ?)

« Proche est le temps où des sociétés proposeront, avant le mariage, le dossier complet du futur conjoint. On pourra ainsi tout savoir sur lui, ses habitudes de consommation et de dépenses, son rapport à l’alcool, ses préférences sexuelles réelles, sa génétique, son risque de développer un cancer ou des névroses. [...] La surveillance de tout être humain sera la règle. Peu pourront y échapper, sauf à accepter de faire partie d’une nouvelle catégorie de marginaux. « (p. 11)

« Les amoureux des livres numériques ont eux aussi droit à leur mouchard. Les liseuses enregistrent habitudes et préférences, les lieux et moments favoris de lecture, quelles pages ont été annotées, quels chapitres éventuellement délaissés, quels livres refermés avant d’avoir été terminés. Toutes ces informations, jusqu’alors inaccessibles, sont maintenant revendues aux éditeurs pour qu’ils optimisent leurs offres. La musique n’échappe pas à ce voyeurisme intéressé. Il y aura toujours une marque prête à payer pour savoir quels morceaux nous écoutons, quand, où et comment. (…) Le lecteur plongé dans son livre papier est inatteignable, n’étant pas raccordé au réseau, il ne fournit aucune donnée, ne présente aucun intérêt marchand. La dernière chose que souhaitent les entrepreneurs du Net est d’encourager la lecture lente, oisive ou concentrée. »

(Cynisme amoral des entreprises du net ?)

Invité à une conférence intitulée « Silicon Valley’s Ultimate Exit », Balaji Srinivasan, étoile montant du Net et spécialiste du Bitcoin, la monnaie numérique, a expliqué en octobre 2013 que les Etats-Unis étaient devenue un géant sur le déclin, bientôt balayé par l’Histoire, et qu’il fallait créer une nation start-up.
« Quand une entreprise de technologie est dépassée, a-t-il insisté, vous n’essayez pas de la réformer de l’intérieur, vous la quittez pour créer votre propre start-up ! »

« En mai 2014, c’était au tour de Larry Page de se lâcher devant un public de développeurs informatiques : « il y a beaucoup de choses importantes et excitantes que nous pourrions faire, mais nous en sommes empêchés parce qu’elles sont illégales. »

« Connaissez-vous la règle de Gabor ? Elle est gravée dans les table de la loi des big data. Selon le physicien hongrois Dennis Gabor, inventeur de l’holographie et prix Nobel de physique en 1971 : « Tout ce qui est techniquement faisable doit être réalisé, que cette réalisation soit jugée moralement bonne ou condamnable. »

« Cette révolution numérique ne se contente pas de modeler notre mode de vie vers plus d’information, plus de vitesse de connexion, elle nous dirige vers un état de docilité, de servitude volontaire, de transparence, dont le résultat final est la disparition de la vie privée et un renoncement irréversible à notre liberté. Derrière ses douces promesses, ses attraits incontestables, la révolution numérique a enclenché un processus de mise à nu de l’individu au profit d’une poignée de multinationales, américaines pour la plupart, les fameux big data. Leur intention est de transformer radicalement la société dans laquelle nous vivons et de nous rendre définitivement dépendants. »

« Si vous ne payez pas pour quelque chose, vous n’êtes pas le client, vous êtes le produit. »

« En se virtualisant, pour plus d’efficacité et de rapidité, nos échanges se sont appauvris, vidés de ce qui fait la richesse d’une rencontre avec l’autre en face de soi, en chair et en os. Le principal défi à relever pour reprendre un certain contrôle de la TOILE:  » détourner la puissance de la Matrice pour remettre l’homme dans la boucle et recréer une société démocratique, à l’échelle humaine, où l’On reprend le dessus sur l’ordinateur ».

« L’hyperconnexion donne le sentiment d’être tous reliés aux dépens des frontières, des cultures, des langues…, alors que nous sommes enfermés, chacun, dans un univers virtuel, coupé du réel…Nous sommes effectivement tous ensemble, mais seuls. Contrairement aux apparences, le réseau n’a pas fait naître une nouvelle solidarité. C’est, à quelques exceptions près, chacun dans sa bulle, chacun pour soi. » Extraits- Marc Dugain, L’homme nu, La dictature invisible du numérique, 2016 (cf dossier avec davantage d’extraits dans « La technique »)

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Classé dans : Non classé — 2 octobre, 2022 @ 11:12

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Contemplations

Ji-Young Demol Park. Un regard coréen sur les Alpes

jusqu’au 28nov 2022
Audience
TOUT PUBLIC
Type
Exposition temporaire

C’est avec délicatesse et acuité que l’artiste coréenne Ji-Young Demol Park peint, à l’encre et à l’aquarelle, les paysages de l’Isère et des Alpes. Entre balades et randonnées, l’artiste consigne dans ses carnets de voyage, à l’aide de pinceaux et calames, les motifs et impressions fugitives – « émotions visuelles » – saisis sur le vif. À partir de ces esquisses de terrain, Ji-Young Demol Park réalise en atelier des œuvres de moyens et grands formats, faisant naître un singulier métissage pictural, entre Asie et Occident.

L’exposition invite à découvrir les jeux d’encres et d’atmosphère de cette artiste éprise de ces paysages alpins qui nous sont familiers. Cimes, lacs, arbres, lignes de crêtes s’offrent à nous autrement, dans une vision renouvelée.

L’œuvre de Ji-Young Demol-Park s’inscrit dans l’ouverture du Musée Hébert à la création contemporaine sous toutes ses formes, y compris celles d’influences aussi lointaine que la Corée.

Ji-Young Demol Park est née en Corée. Fascinée par l’art occident dès son enfance, elle en fait le sujet de ses études d’art. Après avoir développé un travail artistique personnel riche et diversifié entre installation, art vidéo, gravure ou encore photographie, elle aspire à revenir aux techniques originelles et sans filtres du papier, de l’eau et des pigments, couchant sur le papier ses « émotions visuelles ». Depuis plus de 25 ans, l’artiste vit en France.

Philo Uriage 15-16-oct-2022 et Aurélien Barrau

Classé dans : Non classé — 21 septembre, 2022 @ 10:22

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Vous êtes nombreux à vouloir revoir Aurélien Barrau, il interviendra dans le week-end, samedi matin – le programme est à consulter lien ci-dessous :

http://www.rencontres-philosophiques-uriage.fr/

Et après les RPU -Pour les fans de Aurélien Barrau JEUDI 20 OCTOBRE à 20 H

Auréliens - spectacle de théâtre - Monologue de théâtre à partir d’extraits de conférence d’Aurélien Barrau au TMG,

place Saint André à Grenoble - https://www.festival-automne.com/edition-2021/francois-gremaud-aureliens

 

EXPO -NATURE- GRENOBLE

Classé dans : Non classé — 14 septembre, 2022 @ 12:08

A VOIR RAPIDEMENT (elle finit le 17 ou 18 septembre)

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L’exposition  »Nature en soi, nature en droit »

Elle propose d’accorder aux écosystèmes exceptionnels un droit à exister, à se régénérer et à se défendre en les reconnaissant comme sujets de droit. Encouragées et débattues dans les plus hautes instances internationales, des initiatives se multiplient partout dans le monde, et depuis peu en Europe.

À travers l’exposition Nature en soi, Nature en droit, le Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère propose une immersion dans la beauté d’écosystèmes européens où ces démarches émergent. Corto Fajal, auteur-réalisateur, et Valérie Cabanes, juriste et essayiste, à l’initiative de cette mise en lumière, sont allés à la rencontre de citoyens, de peuples autochtones et d’artistes afin de comprendre leur démarche et d’explorer les écosystèmes aquatiques et forestiers qu’ils souhaitent protéger.

Dans le cadre de la saison culturelle départementale « l’Appel de la forêt en Isère », le Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère, musée départemental d’histoire et de société, invite le visiteur à une rencontre sensible, immersive et pédagogique avec la Nature et ses gardiens.

(R)entrée ?

Classé dans : Non classé — 4 septembre, 2022 @ 11:21

rentrée philo

Comment peut-on décrire l’indépendance philosophique possible aujourd’hui ?

N’adhérer à aucune école philosophique ; ne tenir aucune vérité formulable pour la seule, unique et exclusive vérité ; devenir maître de ses pensées.

Ne pas accumuler une science philosophique, mais approfondir la recherche philosophique dans son mouvement.

Lutter pour la vérité et le sens de l’humain dans une communication inconditionnelle.

Apprendre à assimiler toute leçon du passé, à écouter les contemporains, à s’ouvrir à tous les possibles.

En même temps approfondir ma condition d’individu particulier : ma propre historicité *, cette origine qui est la mienne, ce que j’ai fait jusqu’ici ; assumer ce que j’ai été, ce que je suis devenu et ce que j’ai reçu en cadeau.

Ne jamais cesser de grandir, à travers mon historicité particulière, afin de rejoindre l’historicité de la condition humaine dans son ensemble et de devenir ainsi un citoyen du monde.

Nous ne croyons guère à un philosophe inattaquable, ni à la sérénité des stoïciens ; nous ne désirons même pas leur impassibilité, car c’est notre condition d’homme elle-même qui nous jette dans la passion et l’angoisse et nous fait éprouver, dans les larmes et la joie, ce qui est. Ainsi nous nous trouvons nous-mêmes en nous élevant au dessus de l’asservissement de nos mouvements affectifs, mais nullement en les étouffant. C’est pourquoi il nous faut oser être des hommes et faire notre possible pour approfondir cette condition humaine jusqu’à y trouver l’indépendance avec toute la plénitude dont nous sommes capables. Alors nous souffrirons sans nous lamenter, nous désespérerons sans sombrer, nous serons secoués sans être renversés ; quelque chose nous ressaisit et nous secourt, qui grandit en nous sous forme d’autonomie intérieure.

Mais philosopher, c’est s’entraîner à cette indépendance, non la posséder.

             K. Jaspers,Introduction à la philosophie, chap. X, l’indépendance philosophique. 1951

* historicité = caractère de ce qui est historique ; ce qui se déploie dans le cadre d’une histoire, ce qui est temporel. Ici : la cs concrète, authentique de notre situation temporelle, de notre être historique. Et non pas : atemporel, éternel, immortel.

Q°- T-HLP – Dans ce texte Jaspers semble définir la recherche d’une véritable indépendance d’esprit philosophique, cependant dans le cadre d’une réflexion sur « la recherche de soi » ce texte propose quelques clés : comment se « trouver soi-même » selon Jaspers ? Quel est ce « soi » idéal qui permettrait de s’accomplir celui lui ?

 La méditation a perdu toute la dignité de la forme ; on a fait un objet de risée du cérémonial, de l’attitude solennelle du méditatif, et l’on ne supporterait plus guère un sage de style ancien. Nous pensons trop rapidement et en cours de route, et en pleine marche, au milieu des affaires de toutes sortes, quand même il s’agirait des choses les plus graves ; nous avons besoin de peu de préparation, de peu de silence même : – cela se passe comme si nous portions dans la tête une machine perpétuellement en roulement, qui, même dans les conditions les moins favorables, ne cesse de tourner. Jadis on remarquait à l’air de chacun qu’il avait pour un instant besoin de réfléchir – c’était sans doute l’exception ! – qu’à partir d’un moment donné, il voulait acquérir plus de sagesse et s’attendait à la venue d’une pensée : on se faisait un visage approprié comme pour une prière, et on s’arrêtait ; oui, quand la pensée « venait » on restait des heures immobile dans la rue, – sur un ou deux pieds. Tant c’était « digne de cette pensée » ! 

F. Nietzsche, Le gai savoir, livre I, 6 (2° moitié du 19° siècle)

Efforcez-vous d’aimer vos questions elles-mêmes, chacune comme une pièce qui vous serait fermée, comme un livre écrit dans une langue étrangère…Ne cherchez pas pour le moment des réponses qui ne peuvent vous être apportées, parce que vous ne sauriez pas les mettre en pratique, les vivre. Ne vivez pour l’instant que vos questions, peut-être simplement en les vivant, finirez-vous par entrer sensiblement, un jour, dans les réponses…Confiez-vous à ce qui vient.   Rainer-Maria Rilke, Lettres à un jeune poète.

Q° – T-HLP- Dans ce texte le poète R. M Rilke laisse entendre qu’il y a deux manières ( théorique et pratique, interne et externe)  de cheminer vers nos propres réponses : expliquez les en les distinguant.

Nous partons de cette fatalité que les chemins de la pensée débouchent inévitablement sur l’interrogation immémoriale : au nom de quoi peut-on vivre ? C’est-à-dire, pourquoi vivre ? Oui, pourquoi ? Il n’est au pouvoir d’aucune société de congédier le “pourquoi ?”, d’abolir cette marque de l’humain.

Et pourtant… L’effondrement du questionnement, en cet Occident trop sûr de lui-même, est aussi impressionnant que ses victoires scientifiques et techniques. La peur de penser en dehors des consignes a fait de la liberté, si chèrement conquise, une prison du discours sur l’homme, et la société un langage de plomb. Que se passe-t-il ? (…) Il ne suffit pas de produire la chair humaine pour qu’elle vive, il faut à l’homme une raison de vivre. (…) ”

Pierre Legendre, La fabrique de l’homme occidental, 1992

La sensibilité – TG + THLP

Classé dans : A-HLP,Non classé — 12 août, 2022 @ 4:55

Synesthésie : quand les sens communiquent – Octave Larmagnac-Matheron publié le 07 07 2022 dans Philosophie Magazine .

Récemment, un aveugle a été reconnu le premier non-voyant synesthète. En quoi consiste cette capacité d’éprouver des correspondances entre les sens, qui fascinait déjà Maurice Merleau-Ponty ?

CB. C’est le surnom donné, dans un article récemment paru dans Neuropsychologia, par une équipe de l’université de Trente (Italie) au premier « non-voyant synesthète » attesté. Pour CB, les chiffres, les jours et les mois sont associés à une texture particulière. Le 3 est doux comme du velours, le 2 rugueux comme du carton. Tel est le principe de la synesthésie, qui touche environ 3 % de la population mondiale : éprouver des associations entre différents sens. C’est le cas de quelques célébrités, comme les chanteuses Lorde et WYSE, qui ont récemment évoqué publiquement cette spécificité au point d’en faire, selon The Guardian, un phénomène viral. Phénomène qui, depuis longtemps, intrigue les philosophes, Merleau-Ponty en tête.

Pour le phénoménologue, impossible de penser la synesthésie si nous postulons que nos sens sont distincts et ne s’entremêlent que de manière accidentelle : « La perception synesthésique est la règle […]. Si la perception réunit nos expériences sensorielles en un monde unique, ce n’est pas comme la colligation scientifique rassemble des objets ou des phénomènes », écrit-il dans la Phénoménologie de la perception (1945). C’est faire fausse route que d’appréhender la perception comme une addition entre des éléments indépendants. Les sens constituent plutôt différentes dimensions d’une perception unitaire du monde. « Les sens communiquent. […] Ils s’unissent dans le moment même où ils s’opposent », en des « correspondances intersensorielles. » * Et Merleau-Ponty de parler d’une « unité des sens par le corps ». À ses yeux, « quand je dis que je vois un son, je veux dire qu’à la vibration du son, je fais écho par tout mon être sensoriel et en particulier par ce secteur de moi-même qui est capable des couleurs. […] On voit la rigidité et la fragilité du verre. […] On voit l’élasticité de l’acier, la ductilité de l’acier rougi, la dureté de la lame dans un rabot la mollesse des copeaux. »

Cette symbiose originelle des sens, nous avons parfois tendance à l’oublier. Cependant, notre capacité à renouer avec la perception synesthésique n’est jamais totalement perdue. Elle est même, note Mikel Dufrenne dans L’Œil et l’Oreille (1987), inscrite dans notre constitution charnelle. Pour le philosophe, tous les sens procèdent d’une même source vivante et indifférenciée. Dans l’évolution des organismes, la sensibilité est d’abord d’un bloc. « L’unité du sentir » précède la « pluralisation à quoi le voue la diversité des appareils sensoriels ». Par son évolution, l’homme s’est sans doute éloigné de cette « homogénéité primordiale du sensible ». Il s’est coupé de cet état où « les sens n’existent pas encore comme tels ». Nos sens, que nous croyons séparés, sont en réalité indissociables les uns des autres et s’interpénètrent sans cesse. « La chair de l’audible, ou l’audible comme chair […] n’apparaît qu’en venant résonner dans ma chair, et parce qu’elle a animé une autre chair », écrit par exemple Dufrenne. C’est avec son corps, tout son corps, son corps indécomposable, que l’homme touche et entend. Rien d’étonnant, alors, que des aveugles synesthètes comme CB existent. Le non-voyant compense l’absence de vision par un autre équilibre des sens qui sont à sa disposition. Son toucher est comme une vision, précise Merleau-Ponty : « Nous disposons avec le regard d’un instrument naturel comparable au bâton de l’aveugle. »

 

* Rq personnelle – lire Baudelaire Les correspondances – ce poème illustre parfaitement cela

la question de la vérité

Classé dans : Non classé — 18 mai, 2022 @ 9:39

« L’homme cherche « la vérité »: un monde qui ne puisse ni se contredire, ni tromper, ni changer, un monde vrai – un monde où l’on ne souffre pas; or la contradiction, l’illusion, le changement sont cause de la souffrance! Il ne doute pas qu’il existe un monde tel qu’il devrait être; il en voudrait chercher le chemin(…).
Où l’homme est-il allé chercher le concept de 
réalité? Pourquoi déduit-il justement la souffrance du changement, de l’illusion, de la contradiction? Pourquoi n’en tire-t-il pas plutôt son bonheur?…
Le mépris, la haine de tout ce qui se passe, change et varie – pourquoi cette valeur attribuée à ce qui dure? Il est visible que la volonté de trouver le vrai n’est que l’aspiration à un 
monde du permanent.
Les sens nous trompent, la raison en corrige les erreurs; 
donc, a-t-on conclu, la raison est la voie qui mène au permanent; les idées les moins concrètes doivent être les plus proches du « monde vrai ». – La plupart des catastrophes proviennent des sens, – ils sont trompeurs, imposteurs, destructeurs.
Le 
bonheur ne peut avoir de garantie que dans l’être; le changement et le bonheur s’excluent. Le vœu suprême sera donc de s’unir à l’être. Voilà le chemin du bonheur suprême (…).
La croyance que le monde tel qu’il devrait être, 
est réellement, c’est une croyance d’improductifs qui ne veulent pas créer un monde tel qu’il doit être. Ils le supposent donné, ils cherchent les moyens et les chemins qui y mènent. Vouloir « le vrai » – c’est s’avouer impuissant à le créer » Nietzsche, la volonté de puissance .

q°-  Que se cache-t-il derrière notre aspiration à « la vérité » ?

« Les écrivains sont de précieux alliés et il faut placer bien haut leur témoignage car ils connaissent d’ordinaire une foule de choses entre le ciel et la terre dont notre sagesse d’école n’a pas encore la moindre idée », S. Freud, Le Délire et les rêves dans la Gradiva de W. Jensen (Gallimard, Folio essais, 1986, p. 141).

« Je m’aperçois que ce livre essentiel, le seul livre vrai, un grand écrivain n’a pas, dans le sens courant, à l’inventer, puisqu’il existe déjà en chacun de nous, mais à le traduire. Le devoir et la tâche d’un écrivain sont ceux d’un traducteur », Proust, Le Temps retrouvé (Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1954, p. 890).


q° – La fiction romanesque n’est-elle pas le lieu d’une vérité subjective ?

Repenser notre relation au vivant (la nature) : habiter le monde autrement

Classé dans : Non classé — 3 mai, 2022 @ 2:56

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Une vidéo de la philosophe animaliste Corinne Pelluchon, pour repenser l’humanisme du siècle des lumières à notre époque.

Repenser les usages de la raison, et une façon plus responsable d’habiter le monde :

https://www.youtube.com/watch?v=HRRgb6_JEYc

Un débat sur animalité/humanité : L’animal est-il un homme comme les autres ?

https://www.youtube.com/watch?v=h9l9J20n7rA

Pour la question de l’animal je vous renvoie à la page « HLP » où j’ai déposé d’autres liens et documents.

Bonheur, désir. De quoi manquons-nous ?

Classé dans : Non classé — 8 février, 2022 @ 2:18

il en faut peu pour être heureux - se satisfaire du nécessaire

Que la réalité humaine soit manque, l’existence du désir comme fait humain suffirait à le prouver. Comment expliquer le désir, en effet, si l’on y veut voir un état psychique, c’est-à-dire un être dont la nature est d’être ce qu’il est ? Un être qui est ce qu’il est, dans la mesure où il est considéré comme étant ce qu’il est, n’appelle rien à soi pour se compléter. Un cercle inachevé n’appelle l’achèvement qu’en tant qu’il est dépassé par la transcendance humaine. En soi il est complet et parfaitement positif comme courbe ouverte. Un état psychique qui existerait avec la suffisance de cette courbe ne saurait posséder par surcroît le moindre « appel vers » autre chose : il serait lui-même, sans aucune relation avec ce qui n’est pas lui ; [...] Si le désir doit pouvoir être à soi-même désir, il faut qu’il soit la transcendance elle-même, c’est-à-dire qu’il soit par nature échappement à soi vers l’objet désiré. En d’autres termes, il faut qu’il soit un manque – mais non pas un manque-objet, un manque subi, créé par le dépassement qu’il n’est pas : il faut qu’il soit son propre manque de… Le désir est manque d’être, il est hanté en son être le plus intime par l’être dont il est désir. Ainsi témoigne-t-il de l’existence du manque dans l’être de la réalité humaine.

SARTRE  L’Etre et le Néant, II, Chap. 1, III, pp. 130-131, Coll. Tel, éd. Gallimard

« Si vous avez du pain, et que j’ai un euro, si je vous achète le pain, j’aurai le pain et vous aurez l’euro. Mais si vous avez un sonnet de Verlaine ou le théorème de Pythagore, que moi je n’ai rien, si vous me les enseignez, à la fin de cet échange-là, j’aurai le sonnet et le théorème, mais vous les aurez gardés. Dans le premier cas, il y a équilibre, c’est la marchandise. Dans le second, il y a accroissement, c’est la culture. » Michel Serres – Petites chroniques du dimanche soir

 

 « Les biens de l’esprit sont par définition communicables, leur possession n’a rien d’égoïste, ils sont par nature transmissibles. Cela tient à la nature de ces biens : les posséder c’est les partager. Les biens de l’esprit sont tellement communicables que les posséder c’est les partager, et les acquérir soi-même, c’est enrichir les autres. Il s’ensuit que tout le temps que tu consacres à l’acquisition de ces biens, qu’à tout moment où tu te réjouis de leur présence, tu es en communication immédiate avec autrui. » Kierkegaard, Dans la lutte des souffrances

 

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