PHILOPARTAGE

la joie de penser… (pour mes élèves des Eaux Claires)

Descartes. Philosopher pour voir plus loin que le bout de son nez.

Classé dans : Descartes — 17 septembre, 2020 @ 7:52

C’est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher ; et le plaisir de voir toutes les choses que notre vue découvre n’est pas comparable à la satisfaction que donne la connaissance de celles qu’on trouve par la philosophie ; et enfin cette étude est plus nécessaire pour régler nos mœurs et pour nous conduire en cette vie, que n’est l’usage de nos yeux pour guider notre pas.

Descartes, 17°s, Principes de la philosophie    

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                                                                                                               Pierre Soulages

Texte de Descartes. La question : Peut-on vivre sans philosopher ? La thèse : Vivre sans philosopher n’est pas vraiment vivre, car c’est vivre  en aveugle ou se limiter à ne pas « voir plus loin que le bout de son nez ». C’est ne rien comprendre au monde qui nous entoure et se contenter d’apparences + ou – trompeuses sans jamais accéder à 1 vraie connaissance. Connaître par la philo c’est accéder à l’être ou l’essence des choses au delà des apparences immédiates. Ne pas réfléchir (« philosopher ») c’est donc être condamné à ne jamais réellement comprendre le monde qui nous entoure…

3 distinctions conceptuelles ds ce texte :

- 1° distinction entre voir et savoir. (> voir n’est pas savoir)

Philosopher c’est chercher à savoir, pas nécessairement à « savoir plus » (voir ou savoir toujours plus de choses par ex.) mais à « savoir mieux » càd connaître et comprendre et pouvoir expliquer ce que l’on sait. Ne pas philosopher c’est se contenter passivement de la vue et ne rien comprendre. Car selon Descartes (et c’est un paradoxe intéressant !) voir seulement càd passivement et sans jamais s’interroger sur ce que l’on voit, c’est un peu comme « être aveugle » c’est-à-dire ne rien voir de façon véritable et ne rien comprendre.

Pour certaines classes un parallèle était possible ici avec le Mythe de la Caverne de Platon : celui qui ne philosophe pas n’accède qu’à des reflets ou des ombres du réel, càd à des « choses vagues » qu’il ne peut s’expliquer de façon juste. Celui qui se contente de voir reste enfermé – prisonnier dit Platon – de la « réalité sensible », celle qui s’adresse à nos 5 sens, notre sensibilité, nos sensations, émotions, et celle qui est à l’origine de nos croyances fausses et nos opinions immédiates. Alors que chacun peut apprendre à penser càd à analyser, à concevoir, càd à « voir par l’esprit », par l’intelligence de l’analyse, et c’est seulement à cette condition que l’on accède à la réalité authentique : la « réalité intelligible », càd celle que nous comprenons de façon véritable, que ns pouvons expliquer, et nommer.

Celui qui n’accède pas à la compréhension du réel – càd à la réalité intelligible- reste prisonnier de fausses opinions, alors que celui qui accède aux essences et aux idées claires de la réalité intelligible conquiert sa liberté de jugement et d’action. Il pourra s’orienter dans le monde avec des idées précises, réfléchies – « claires et distinctes » dirait Descartes- et ne sera plus prisonnier de fausses croyances (ou opinions) individuelles ou même collectives (celles de l’ensemble des prisonniers dans la caverne).

(more…)

LE TEMPS + vidéos + jeu

Classé dans : Non classé — 10 septembre, 2020 @ 1:25

http://www.rencontres-philosophiques-uriage.fr/pages/programme-des-rencontres-2019.html

Début novembre à Uriage, c’est ouvert à tous et toutes (c’est grand public) et vous êtes les bienvenus.

Ce thème du nouveau programme de terminale est passionnant et très actuel après le confinement.

A noter aussi : dans la rubrique « page » => « VIDEOS-PHILO »  : 2 vidéos en lien avec le programme (et science po.)

+ UN JEU VIDEO-PHILO qui vient de sortir (à tester !)

https://caverne.ccdmd.qc.ca/

 

ECRAN-CAVERNE-JEU

 

Rentrée 2020. Penser ou cliquer ?

Classé dans : Non classé — 19 août, 2020 @ 2:40

Pour s’initier en douceur à la philosophie (pour les élèves de 1ier HLP autant que ceux du tronc commun en terminale et en hlp terminale).

Ce tout petit livre ci dessous de Michel Blay, est une très bonne entrée en matière.

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N’hésitez pas à consulter la bibliographie (en haut à droite dans la rubrique « PAGE » du blog)

Vacances : le loisir de penser !

Classé dans : Non classé — 15 juillet, 2020 @ 12:30

De belles vacances à toutes et tous !

Le loisir antique - »scole » en grec ( qui donnera le mot « école »!) désigne au départ : le loisir de penser librement ! Le temps des vacances y est propice.

Et pour continuer à penser le réel complexe dans lequel nous sommes tous embarqués :

- Une émission à écouter ci-dessous sur l’école de Francfort (peu souvent enseignée) et la philosophie critique,  sur une série de 4 cette semaine (à écouter en podcast)

https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/lecole-de-francfort-14-la-theorie-critique-une-nouvelle-philosophie-0

- Et un article de mon ancien maître (je lui dois d’être devenu prof de philo !) sur l’actualité et la question du réel, ci-dessous :

https://demain.ladn.eu/secteurs/culture/culture-rearticulation-reel-mathieu-potte-bonneville-entretien/?fbclid=IwAR0x7PCBD6H4gd2_KVmmiJtEAc1_oboUCzstImM2J9P13K0leH02xCcKLhI

 

vacances studieuses12

 

A-TES – Sur le Bonheur avec Sénèque

Classé dans : Non classé — 12 mai, 2020 @ 1:22

seneque

L’explication complète est dans les documents TES (pages en haut à droite)

Attention les consignes concernant l’oral ont changé pendant le confinement : ce sera une liste de textes vus en cours avant le confinement.

 

A-TES-Mai20-Travail et Technique

Classé dans : A-TES mars 2020,Descartes,le travail — 1 mai, 2020 @ 3:59

télétravail-humour

Bonjour, en vue de la reprise le 4 mai, je dépose un cours sur le travail dans les pages dédiées aux TES (en haut à droite).

Je vous invite à le lire puis à faire une courte et libre synthèse (selon ce qui vous intéresse le plus) en prenant le plan et en résumant chaque moment (avec une attention particulière aux concepts clés et aux distinctions conceptuelles).

Ainsi nous pourrons travailler sur le lien entre liberté et travail la semaine prochaine ; puis sur la façon dont la technologie modifie notre relation au monde et au travail.

J’invite aussi les plus audacieux ou courageux à réfléchir à la notion de « télétravail », et de « révolution numérique » (avec Les nuées de Buyng Chul Han, ou Bernard Stiegler et sa fille Barbara Stiegler, entre autres auteurs que vous trouverez facilement suivant vos recherches en ligne – il existe des fiches de lecture)

Questions facultatives pour guider votre réflexion (ne s’y engager qu’une fois assimilé le cours classique mentionné ci-dessus) : 

le télétravail peut-il modifier notre relation au travail ? (quelle incidence sur le sujet qui travaille ? quelle modification ? quel rapport au monde ?) et le « monde du travail » peut-il être bouleversé ou refaçonné par le télétravail ? etc. 

Pour les exercices des classes Cned vous trouverez ci-dessous certains textes que nous étudierons

Bon courage à toutes et tous et à bientôt !

télétravail-et-Sté de surveillance

 

A TES-Textes-Le travail et la technique sont-ils au service de l’homme ?

Classé dans : A-TES mars 2020,Arendt,Descartes,Hans Jonas,Heidegger,Jonas,le travail,liberte,Textes — 30 avril, 2020 @ 12:48

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Ci-dessous :  quelques textes comme autant de pistes de réflexion.

(more…)

A-TES + HLP

Classé dans : A-HLP,A-TES mars 2020 — 15 avril, 2020 @ 10:32

 

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J’ai déposé dans les « Pages » (en haut à droite sur le blog en version « bureau » et pas en version « mobile »)

les documents utilisés sur les « séances » CNED (ainsi vous pouvez anticiper et faire certains exercices )

Prochains RDV Cned

- jeudi 16 avril 11H -12H30 TES4 (et tout autre Tes volontaire) 

– Jeudi 16 avril 14H -15H30 – Tes3 (et tt autre Tes volontaire)

-Vendredi  17 avril 11H-12H30  Tes2 (et tt autre TES volontaire)

– Vendredi 17 avril 14H – 16H HLP

A-TES-Questions Bonheur Sénèque

Classé dans : A-TES mars 2020 — 3 avril, 2020 @ 3:26

Bonheur-Chance

Le « bonheur » (de « buena augusta » en latin – bon augure, ou bonne heur ) suppose-t-il la « chance » (la bonne fortune, un destin favorable) et dépend-t-il alors des événements extérieurs selon qu’ils nous sont propices ou qu’ils nous permettent d’amasser des « biens » (matériels) ? Le bonheur dépendrait-il en ce sens de ce que l’on a ? Ou bien le bonheur suppose-t-il plutôt une attitude (une façon d’être) voire une activité et un apprentissage qui dépendent de nous ?

Pour la philosophie antique nul doute que le véritable bonheur et « bien » (moral) dépend de notre façon d’être, de penser et de nous comporter. C’est une « ascèse » – càd un « exercice spirituel » (P. Hadot et M. Foucault) qui suppose un long apprentissage et qui ne dépend quasiment que de soi (c’est la bonne nouvelle !)

Cela n’a donc rien à voir avec le plaisir immédiat ou la sensation de bien-être. C’est plus encore. Sénèque (cf pages à lire) nous permet d’y réfléchir.

Vous trouverez le début de l’explication détaillée du texte ainsi que des questions (et j’en ajouterai eu fur et à mesure de vos réponses sur la messagerie)

Je copie toutefois les premières questions ici :

Questions sur la suite du texte :

Passage : « Tout le monde tâtonne (…) nous pousse ».

  • 1/ Expliquez le premier obstacle pour atteindre la « vie heureuse » ?

Passage : « Bien sûr aussi longtemps que ..(…) qui égarent le mieux ».

  • 2/ Expliquez le second obstacle (illustrez le aussi par rapport à notre époque)

  • 3/ Pourquoi la quête du bonheur s’apparente-t-elle à un voyage et une quête ?

Bonheur-Musique

A-HLP (et TES) La Caverne de Platon

Classé dans : A-HLP,A-TES mars 2020 — 31 mars, 2020 @ 9:00

Caverne-Confinement-Philo

Un texte d’actualité pour réfléchir aux « Représentations du monde ». Et pour les TES ce sont des révisions utiles (notamment pour tous ceux qui ne maitrisent pas bien ce texte)

DM facultatif HLP : Choisissez (au moins) 3 questions et envoyez-moi vos réponses.

Lire ci-dessous le texte de Platon. (Souligner les idées clés dès la 3ième lecture.) Puis essayez de dessiner le schéma de cette caverne si vous y arrivez.

Une fois que vous aurez compris le texte n’hésitez pas à voir le film Matrix (n° 1) qui fait plusieurs allusions à ce texte de Platon (cf la rubrique cinéma-philo sur le blog)

Questions de réflexion :
1/ Quelles sont aujourd’hui les parois de nos cavernes contemporaines ? Expliquez, argumentez, illustrez (au moins
3 exemples expliqués)
2/ Quelles sont les « ombres » actuelles sur les parois de nos cavernes :  expliquez et donnez au moins 2 exemples.
Et à quelles concepts philosophiques vus en cours (ou dans le manuel) pouvez-vous associer les « ombres »?
3/ Dans le monde actuel pensez-vous qu’il soit possible de sortir de la caverne et si oui comment s’y prendre ?
Si non : justifiez le, expliquez le.
4/ Comment comprenez-vous la peur et l’agressivité des prisonniers lorsque l’on essaie de les libérer ?
5/ Pour un sujet de dissertation tel que « Peut-on désirer l’ignorance ? » comment pourriez vous utiliser ce texte ? Ecrivez
un paragraphe sur une des thèses-réponses possibles, en vous appuyant sur le texte.
6/ Essayez de distinguer la réalité comme construction sociale et le réel tel qu’il est rencontré par celui qui sort de la
caverne.
7/ Distinguez la réalité sensible et la réalité intelligible et montrez en vous appuyant sur le texte les étapes qui
permettent de passer de la sensation immédiate à une idée précise (ou essence)

***
Extrait de Platon, La République, Livre 7 texte dit de « L’allégorie de la caverne »
Socrate
— [514] Représente-toi de la façon que voici l’état de notre nature relativement à l’instruction et à l’ignorance. Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière. Ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu’ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête. La lumière leur vient d’un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux. Entre le feu et les prisonniers passe une route élevée. Imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles.

Glaucon
— Je vois cela.

Socrate
— Figure-toi maintenant le long de ce petit mur des hommes portant des objets de toute sorte, qui dépassent le mur, et des statuettes d’hommes et d’animaux, en pierre, en bois et en toute espèce de matière. Naturellement, parmi ces porteurs, les uns parlent et les autres se taisent.

Glaucon
— Voilà, un étrange tableau et d’étranges prisonniers.

Socrate
— Ils nous ressemblent, répondis-je. Penses-tu que dans une telle situation ils n’aient jamais vu autre chose d’eux mêmes et de leurs voisins que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face ?

Glaucon
— Comment cela se pourrait-il s’ils sont forcés de rester la tête immobile durant toute leur vie ?

Socrate
— Et pour les objets qui défilent n’en est-il pas de même ?

Glaucon
— Sans contredit.

Socrate
— Mais, dans ces conditions, s’ils pouvaient se parler les uns aux autres, ne penses-tu pas qu’ils croiraient nommer les objets réels eux-mêmes en nommant ce qu’ils voient ?

Glaucon
— Nécessairement.

Socrate
— Et s’il y avait aussi dans la prison un écho que leur renverrait la paroi qui leur fait face, chaque fois que l’un de ceux qui se trouvent derrière le mur parlerait, croiraient-ils entendre une autre voix, à ton avis, que celle de l’ombre qui passe devant eux ?

Glaucon
— Non par Zeus.

Socrate
— Assurément, de tels hommes n’attribueront de réalité qu’aux ombres des objets fabriqués.

Glaucon
— De toute nécessité.

Socrate
— Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement si on les délivre de leurs chaînes et qu’on les guérisse de leur ignorance. Qu’on détache l’un de ces prisonniers, qu’on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière. En faisant tous ces mouvements il souffrira, et l’éblouissement l’empêchera de distinguer ces objets dont tout à l’heure il voyait les ombres. Que crois-tu donc qu’il répondra si quelqu’un vient lui dire qu’il n’a vu jusqu’alors que de vains fantômes, mais qu’à présent, plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste ? Si, enfin, en lui montrant chacune des choses qui passent, on l’oblige, à force de questions, à dire ce que c’est, ne penses-tu pas qu’il sera embarrassé, et que les ombres qu’il voyait tout à l’heure lui paraîtront plus vraies que les objets qu’on lui montre maintenant ?

Glaucon
— Beaucoup plus vraies.

Socrate
— Et si on le force à regarder la lumière elle-même, ses yeux n’en seront-ils pas blessés ? N’en fuira-t-il pas la vue pour retourner aux choses qu’il peut regarder, et ne croira-t-il pas que ces dernières sont réellement plus distinctes que celles qu’un lui montre ?

Glaucon
— Assurément.

Socrate
— Et si, reprise-je, on l’arrache de sa caverne, par force, qu’on lui fasse gravir la montée rude et escarpée, et qu’on ne le lâche pas avant de l’avoir traîné jusqu’à la lumière du soleil, ne souffrira-t-il pas vivement et ne se plaindra-t-il pas de ces violences ? Et lorsqu’il sera parvenu à la lumière, pourra-t-il, les yeux tout éblouis par son éclat, distinguer une seule des choses que maintenant nous appelons vraies ?

Glaucon
— Il ne le pourra pas, du moins au début.

Socrate
— Il aura, je pense, besoin d’habitude pour voir les objets de la région supérieure. D’abord ce seront les ombres qu’il distinguera le plus facilement, puis les images des hommes et des autres objets qui se reflètent dans les eaux, ensuite les objets eux-mêmes. Après cela, il pourra, affrontant la clarté des astres et de la lune, contempler plus facilement pendant la nuit les corps célestes et le ciel lui-même, que pendant le jour le soleil et sa lumière.

Glaucon
— Sans doute.

Socrate
— À la fin, j’imagine, ce sera le soleil, non ses vaines images réfléchies dans les eaux ou en quelque autre endroit, mais le soleil lui-même à sa vraie place, qu’il pourra voir et contempler tel qu’il est.

Glaucon
— Nécessairement.

Socrate
— Après cela il en viendra à conclure au sujet du soleil, que c’est lui qui fait les saisons et les années, qui gouverne tout dans le monde visible, et qui, d’une certaine manière, est la cause de tout ce qu’il voyait avec ses compagnons dans la caverne.

Glaucon
— Évidemment, c’est à cette conclusion qu’il arrivera.

Socrate
— Or donc, se souvenant de sa première demeure, de la sagesse que l’on y professe, et de ceux qui y furent ses compagnons de captivité, ne crois-tu pas qu’il se réjouira du changement et plaindra ces derniers ?

Glaucon
— Si, certes.

Socrate
— Et s’ils se décernaient alors entre eux honneurs et louanges, s’ils avaient des récompenses pour celui qui saisissait de l’oeil le plus vif le passage des ombres, qui se rappelait le mieux celles qui avaient coutume de venir les premières ou les dernières, ou de marcher ensemble, et qui par là était le plus habile à deviner leur apparition, penses-tu que notre homme fût jaloux de ces distinctions, et qu’il portât envie à ceux qui, parmi les prisonniers, sont honorés et puissants ? Ou bien, comme le héros d’Homère, ne préférera-t-il pas mille fois n’être qu’un valet de charrue, au service d’un pauvre laboureur, et de souffrir tout au monde plutôt que de revenir à ses anciennes illusions et vivre comme il vivait ?

Glaucon
— Je suis de ton avis, il préférera tout souffrir plutôt que de vivre de cette façon là.

Socrate
— Imagine encore que cet homme redescende dans la caverne et aille s’asseoir à son ancienne place. N’aura-t-il pas les yeux aveuglés par les ténèbres en venant brusquement du plein soleil ?

Glaucon
— Assurément si.

Socrate
— Et s’il lui faut entrer de nouveau en compétition, pour juger ces ombres, avec les prisonniers qui n’ont point quitté leurs chaînes, dans le moment où sa vue est encore confuse et avant que [517a] ses yeux se soient remis (puisque l’accoutumance à l’obscurité demandera un certain temps), ne va-t-on pas rire à ses dépens, et ne diront-ils pas qu’étant allé là-haut il en est revenu avec la vue ruinée, de sorte que ce n’est même pas la peine d’essayer d’y monter ? Et si quelqu’un tente de les délier et de les conduire en haut, et qu’ils puissent le tenir en leurs mains et tuer, ne le tueront-ils pas ?

Glaucon
— Sans aucun doute.

(De la caverne à la lumière et de la lumière à la caverne)
Socrate
— Maintenant, mon cher Glaucon, il faut [517b] appliquer point par point cette image à ce que nous avons dit plus haut, comparer le monde visible au séjour de la prison, et la lumière du feu qui l’éclaire à la puissance du soleil. Quant à la montée dans la région supérieure et à la contemplation de ses objets, si tu la considères comme l’ascension de l’âme vers le lieu intelligible, tu ne te tromperas pas sur ma pensée, puisque aussi bien tu désires la connaître. Dieu sait si elle est vraie. Pour moi, telle est mon opinion : dans le monde intelligible l’Idée du Bien est perçue la dernière et avec peine, mais on ne la peut percevoir sans conclure qu’elle est la cause de tout ce qu’il y a de droit et de beau en toutes choses ; qu’elle a, dans le monde visible, engendré la lumière et le souverain de la lumière ; que, dans le monde intelligible, c’est elle-même qui est souveraine et dispense la vérité et l’intelligence ; et qu’il faut la voir pour se conduire avec sagesse dans la vie privée et dans la vie publique.

Glaucon
— Je partage ton opinion autant que je puis te suivre.

Socrate
— Eh bien ! partage là encore sur ce point, et ne t’étonne pas que ceux qui se sont élevés à ces hauteurs ne veuillent plus s’occuper des affaires humaines, et que leurs âmes aspirent sans cesse à demeurer là-haut.

Glaucon
— Oui, c’est naturel.

Socrate
— Mais quoi, penses-tu qu’il soit étonnant qu’un homme qui passe des contemplations divines aux misérables choses humaines ait mauvaise grâce et paraisse tout à fait ridicule, lorsque, ayant encore la vue troublée et n’étant pas suffisamment accoutumé aux ténèbres environnantes, il est obligé d’entrer en dispute, devant les tribunaux ou ailleurs, sur des ombres de justice ou sur les images qui projettent ces ombres, et de combattre les interprétations qu’en donnent ceux qui n’ont jamais vu la justice elle-même ?

Glaucon
— Ce n’est pas du tout étonnant.

Socrate
— Un homme sensé se rappellera qu’il y a deux sortes de troubles de la vue, dus à deux causes différentes : le passage de la lumière à l’obscurité et le passage de l’obscurité à la lumière. Songeant que ceci vaut également pour l’âme, quand on verra une âme troublée et incapable de discerner quelque chose, on se demandera si venant d’une existence plus lumineuse, elle est aveuglée faute d’habitude, ou si, passant d’une plus grande ignorance à une existence plus lumineuse, elle est éblouie par son trop [518b] vif éclat. Dans le premier cas, alors, on se réjouirait de son état et de l’existence qu’elle mène ; dans le second cas on la plaindrait, et si l’on voulait en rire, la raillerie serait moins ridicule que si elle s’adressait à l’âme qui redescend de la lumière.

Glaucon
— C’est parler avec beaucoup de justesse.

(Conclusion)
Socrate
— La méthode dialectique est donc la seule qui, rejetant les hypothèses, s’élève jusqu’au principe même pour établir solidement ses conclusions, [533d] et qui, vraiment, tire peu à peu l’oeil de l’âme de la fange grossière où il est plongé et l’élève vers la région supérieure […[533e]…]
Il suffira donc d’appeler science la première division de la connaissance, pensée discursive la seconde [534a], foi la troisième, et imagination la quatrième ; de comprendre ces deux dernières sous le nom d’opinion, et les deux premières sous celui d’intelligence, l’opinion ayant pour objet la génération, et l’intelligence l’essence ; et d’ajouter que ce qu’est l’essence par rapport à la génération, l’intelligence l’est par rapport à l’opinion, la science par rapport à la foi, et la connaissance discursive par rapport à l’imagination [...]

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