PHILOPARTAGE

la joie de penser… (pour mes élèves des Eaux Claires)

Bonnard, et le mystère de la peinture moderne…

Classé dans : Art,La Culture,peinture — 21 octobre, 2009 @ 21:18

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l’atelier aux mimosas, Pierre Bonnard

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“la peinture, ou la transcription des aventures du nerf optique” écrit Pierre Bonnard (dans son agenda-carnet). Comme Monet, Bonnard cherche à transcrire la lumière, comme Cézanne, il cherche à transcrire la sensation pure de la vision. Et cependant il ne peint jamais d’après modèle mais d’après croquis, dans une démarche analytique du “visuel” à peindre : telle heure, telle qualité de lumière (beau temps ou mauvais temps note-t-il dans ses carnets) tel contraste de couleur pour amplifier la lumière, telle façon de composer avec le “vu” et de mettre en scène le visuel (le paysage vu à travers la fenêtre peut amplement déborder le cadre de ce qui était effectivement perceptible). 

En un sens, pour Bonnard comme pour de nombreux peintres, l’épiphanie du visuel est désormais le sujet réel du tableau, et peu importe les objets représentés, ils ne sont que supports de méditation sur la lumière et les “aventures du nerf optique”.

 Il y a bien longtemps que les dieux, les héros, les personnages historiques ont quitté la scène du tableau… les peintres peignent “le rien”, le rien de la lumière qui donne forme sans que la forme soit prééminente. Et il importe que ce rien devienne l’objet du tableau.

Dès la fin du 19°s  la peinture se met à se réfléchir elle-même, s’observe, s’analyse, devient sujet d’elle-même. Ainsi la couleur et ses ressources devient à elle-même son propre objet, elle n’est plus le médium d’autre chose,  (le moyen technique d’une représentation) car le semblant de l’imitation se sait désormais semblant et devient prétexte à la célébration de sensations visuelles. Ainsi la lumière, ses aventures dans le corps, ses vibrations dans la chair de la perception, est peut-être en dernière analyse l’objet à accueillir et à transcrire…

Il arrive que la pratique picturale témoigne alors d’une profonde  joie d’être (pensons aux nombreux papiers découpés du dernier Matisse), joie inhérente à l’éveil d’une pleine conscience et d’une présence sensible au monde de l’ici et maintenant comme dirait Merleau-Ponty dans L’oeil et l’esprit. La théorie a laissé place à l’experience de l’être au monde et l’expérimentation joyeuse du   »prendre part » et percevoir…

 Expérience où certains se sont engagés en déconstruisant les codes de la préhension intellectuelle classique, les règles habituelles de la représentation (pensons aux nymphéas de Monet par ex. ) pour accueillir de l’inédit et voir avec cet ”’oeil du nourrisson” dont parle Cézanne, cet oeil qui saisit les harmonies musicales,  rythmes et timbres colorés qui tissent le réel comme le pense le Gauguin d’Haïti. Lequel se dit lui-même “primitif” en ce sens qu’il tente d’interroger le mécanisme de la perception à sa racine. Revenir à cette « nappe de sens brut » et à ce « il y a » que Merleau-Ponty explore dans Le visible et l’invisible.

C’est le mystère de cette présence à soi et au réel que célèbreront aussi les oeuvres de Rothko qui parle à ce sujet de “tableaux de méditations”, tableaux qui ne sont plus qu’espace mental, espaces sans formes, espaces silencieux convoquant le calme possible d’une intériorité ouverte sur le vide bouddhique, le vide du mental qui peut accueillir la plénitude d’être, au présent, ici et maintenant, face à l’aura singulière du perçu.

« Aura » dont Walter Benjamin, dans L’oeuvre d’art à l’heure de sa reproduction technique, dit qu’elle disparaît précisément lorsque l’art est consommé, reproduit à grande échelle. L’aura d’une oeuvre c’est sa présence unique, tout ce qui caractérise sa singularité, taille, textures, matières, effets techniques, supports, et tout ce qui ne peut s’apercevoir sur une reproduction dans un livre ou une reproduction décorative (Rothko n’est connu de certains qu’à travers sa vulgarisation dans les magazins de décoration d’intérieur… )

Pourtant seule la rencontre en direct avec une oeuvre permet de ne pas trahir son être et d’éprouver son mystère. Aujourd’hui nous « consommons » les images de l’art, zappant de l’une à l’autre, accumulant et oubliant (comme toute chose qui n’a pas été vraiment rencontrée). Je le fais aussi un peu sur ce blog en ne témoignant que d’un petit reflet – ombre dans la caverne dirait Platon – des oeuvres réelles qui se trouvent dans tels et tels musées…  Pourvu que cela éveille alors votre curiosité… (Car rappellons-nous de l’expérience généreuse et audacieuse dans laquelle de nombreux artistes se sont engagés et s’engagent encore. Ne trahissons pas ce mystère, célebrons le !)

Enfin, certains comme Malevitch seront même tentés d’élaborer une sorte de nouvelle métaphysique de l’être.

«  Ce à quoi nous donnons le nom de réalité est l’infini qui ne connaît ni poids, ni mesure,ni temps, ni espace, ni absolu, ni relatif, et qui n’a jamais été tracé dans une forme. La réalité n’est pas plus représentable que connaissable. Rien n’est connaissable, mais dans le même temps, ce « rien » éternel existe »   Malévitch, (extrait de « Dieu n’est pas déchu » dans Essais.)

 

2 commentaires »

  1. pascaleboulon dit :

    dans Bonnard,tout est bon ,j’aime tellement tellement

    Dernière publication sur Pascale Boulon Aquarelles : PB 95

  2. Hnamias dit :

    Bonnard, le plus spontané, le moins faiseur,le plus fraternel, contrairement à Picasso il ne se regarde pas peindre,

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