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la joie de penser… (pour mes élèves des Eaux Claires)

Hannah Arendt : « ne pas réfléchir, c’est très dangereux »

Classé dans : Arendt,L'Histoire,La Culture,QuestionsPhilo,Textes,Video Philo — 22 octobre, 2009 @ 19:14

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H. Arendt :   »réfléchir cela signifie toujours penser de manière critique » et « penser de manière critique cela signifie que chaque pensée sape ce qu’il y a de règles rigides et de convictions générales « (…) »  »le seul fait de penser est en lui-même une entreprise très dangereuse (…) mais ne pas réfléchir est encore plus dangereux »

10mn de vidéo (à la fin vous trouverez une réflexion intéressante sur la liberté et la pensée). Quelques questions qu’aborde H. Arendt :

 - qu’est-ce qu’être citoyen ? - comment peut naître la tyrannie politique ?- avons-nous peur de la liberté ?- chacun ne peut-il former son propre jugement ?http://video.google.fr/videosearch?q=arendt+hannah&hl=fr&emb=0&aq=0&oq=+Arendt

 H. Arendt fait référence au poète René Char qui, dans  Feuillets d’Hypnos, écrit :  « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament »

Le testament qui dit à l’héritier ce qui sera légitimement sien, assigne un passé à l’avenir. Sans testament ou, pour élucider la métaphore, sans tradition – qui choisit et nomme, qui transmet et conserve, qui indique où les trésors se trouvent et quelle est leur valeur – il semble qu’aucune continuité dans le temps ne soit assignée, et qu’il n’y ait, par conséquent, humainement parlant, ni passé ni futur, mais seulement le devenir éternel du monde et en lui le cycle biologique des êtres vivants.” Hannah Arendt, préface à La crise de la culture, p.14

« L’action qui n’a un sens que pour les vivants n’a de valeur que pour les morts, d’achèvement que dans les consciences qui en héritent et la questionnent. » René Char, Feuillets d’Hypnos

H. Arendt part de cette idée pour répondre à la question : qu’est-ce que penser l’histoire ? (dans La crise de la culture)

(extraits ci dessous)

Il y a deux antagonistes : le premier le pousse de l’arrière, depuis l’origine. Le second barre la route devant lui. Il se bat avec les deux. Certes, le premier le soutient dans son combat contre le second car il veut le pousser en avant et de même le second le soutient contre le premier, car il le pousse en arrière.

Mais il n’en est ainsi que théoriquement. Car il n’y a pas seulement les deux antagonistes en présence mais aussi, encore lui-même, et qui connaît réellement ses intentions ?

Son rêve, cependant, est qu’une fois, dans un moment d’inadvertance – et il y faudrait assurément une nuit plus sombre qu’il n’y en eut jamais – il quitte d’un saut la ligne de combat et soit élevé, à cause de son expérience du combat, à la position d’arbitre sur ses antagonistes dans leur combat l’un contre l’autre.

Kafka, HE, notes de 1920.(Parabole analysée et commentée par H. Arendt, in préface de La crise de la culture)

ci-dessous un extrait du commentaire de H. Arendt :

 » Appliquées aux temps historiques ou biographiques, aucune de ces métaphores ne peut avoir de sens parce que des brèches dans le temps ne se produisent pas là. Ce n’est que dans la mesure ou il pense, et cela veut dire dans la mesure où il est sans age – un « il » comme Kafka l’appelle si justement, et non un « quelqu’un » – que l’homme dans la pleine réalité de son être concret vit dans cette brèche du temps entre le passé et le futur.

Cette brèche, je présume, n’est pas un phénomène moderne, elle n’est peut-être même pas une donnée historique mais va de pair avec l’existence de l’homme sur la terre.

Il se peut bien qu’elle soit une région de l’esprit ou, plutôt, le chemin frayé par la pensée, ce petit tracé de non-temps que l’activité de la pensée inscrit à l’intérieur de l’espace-temps des mortels et dans lequel le cours des pensées, du souvenir et de l’attente, sauve tout ce qu’il touche de la ruine du temps historique et biographique.

Ce petit non-espace-temps au cœur même du temps, contrairement au monde et à la culture où nous naissons, peut seulement être indiqué, mais ne peut être transmis ou hérité du passé ; chaque génération nouvelle et même tout être humain nouveau en tant qu’il s’insère lui-même entre un passé infini et un futur infini, doit le découvrir et le frayer laborieusement à nouveau. »

Hannah Arendt, préface de La crise de la culture (1972), (Between past and future) Gallimard, folio essai, 1995, p. 24

 

« Le combat de Kafka commence lorsque le cours de l’action a eu lieu et lorsque l’histoire qui en fut l’aboutissement attend d’être parachevée « dans les consciences qui en héritent et la questionnent » (Char). La tâche de la conscience est de comprendre ce qui s’est passé, et cette compréhension, selon Hegel, est la manière pour l’homme de se réconcilier avec la réalité ; sa fin réelle étant d’être en paix avec le monde. »  Ibid, pp.16-17

« L’appel à la pensée se fit entendre dans l’étrange entre-deux qui s’insère parfois dans le temps historique où non seulement les historiens mais les acteurs et les témoins, les vivants eux-mêmes, prennent conscience d’un intervalle dans le temps qui est entièrement déterminé par des choses qui ne sont plus et par des choses qui ne sont pas encore. (Dans l’histoire ces intervalles ont montré plus d’une fois qu’ils peuvent recéler le moment de la vérité.) » Ibid, p.19

 

Un commentaire »

  1. pascaleboulon dit :

    tellement de choses que j’aime sur ton blog je m’inscris à la news letter pour ne rien rater

    Dernière publication sur Pascale Boulon Aquarelles : PB 95

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