PHILOPARTAGE

la joie de penser… (pour mes élèves des Eaux Claires)

Archive pour juin, 2010

Textes sur l’Histoire

Posté : 7 juin, 2010 @ 11:26 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

HISTOIRE, TEMPS, SENS,

« C’est parce qu’il est un être historique que l’homme comprend l’histoire ». « Nous expliquons la nature, nous comprenons la vie psychique » Dilthey, Le monde de l’esprit (1894)

Nous devons tout d’abord observer que ce qui fait l’objet de notre propos – l’histoire universelle – se déroule dans le domaine spirituel. Le monde comprend la Nature physique et la Nature psychique. La Nature physique intervient également dans l’histoire universelle et nous serons amenés, dés le départ, à attirer l’attention sur les conditions fondamentales qu’implique la détermination naturelle. (c’est là notamment que Hegel examinera la différence entre la vie animale, biologique, et humaine, spirituelle, en distinguant le besoin et le désir, le rapport immédiat à soi /besoin, et le rapport médiatisé par la pensée /désir). Cependant, ce qui est essentiel, c’est l’esprit dans son développement. (…)Après la création de la Nature, apparaît l’homme qui constitue l’antithèse de la Nature. Notre conscience, dans sa généralité, nous éveille à deux domaines : celui de la Nature et celui de l’Esprit. Le royaume de l’Esprit est celui qui trouve sa source dans l’activité de l’homme. On peut se faire toutes sortes de représentations du royaume de Dieu, mais il s’agit toujours d’un royaume de l’Esprit qui doit se réaliser dans l’homme et qui doit trouver en lui ses conditions d’existence.

Le monde de l’Esprit est celui qui contient tout. Il contient tout ce qui a suscité et suscite encore l’intérêt des hommes. L’homme y est actif. Quoi qu’il fasse, il est l’être en qui l’Esprit agit. Il peut donc être intéressant de reconnaître dans le cours de l’histoire, l’existence d’une nature spirituelle, c’est-à-dire de voir comment l’Esprit s’unit à la Nature, se réalise dans la nature humaine. F. Hegel, La Raison dans l’histoire, introduction.

« Sous le titre de subjectivité nous attendons quelque chose de plus grave que la bonne subjectivité de l’historien ; nous attendons que l’histoire soit une histoire des hommes et que cette histoire des hommes aide le lecteur, instruit par l’histoire des historiens, à édifier une subjectivité de haut rang, la subjectivité non seulement de moi-même mais de l’homme. Mais cet intérêt, cette attente d’un passage – par l’histoire – de moi à l’homme, n’est plus exactement épistémologique, mais proprement philosophique: car c’est bien une subjectivité de réflexion que nous attendons de la lecture et de la méditation des œuvres des historiens. » Paul Ricoeur, Histoire et Vérité, seuil, (1955), p. 24

=> subjectivité de réflexion : càd qui nous renvoie à nous-même autant qu’à l’énigme de l’humain. L’histoire doit nous permettre de mieux comprendre l’évolution humaine, et donc aussi nous-même qui en faisons partie)

« L’action qui n’a un sens que pour les vivants n’a de valeur que pour les morts, d’achèvement que dans les consciences qui en héritent et la questionnement. » « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament. » R. Char, Feuillets d’Hypnos (1946) (écrit pendant la dernière année de résistance, 1943-44) aphorisme 62

Le testament qui dit à l’héritier ce qui sera légitimement sien, assigne un passé à l’avenir. Sans testament ou, pour élucider la métaphore, sans tradition – qui choisit et nomme, qui transmet et conserve, qui indique où les trésors se trouvent et quelle est leur valeur – il semble qu’aucune continuité dans le temps ne soit assignée, et qu’il n’y ait, par conséquent, humainement parlant, ni passé ni futur, mais seulement le devenir éternel du monde et en lui le cycle biologique des êtres vivants.” Hannah Arendt, préface à La crise de la culture, p.14

« le passé n’éclairant plus l’avenir, l’esprit marche en aveugle » Tocqueville

« L’Histoire n’existe pas ; il n’y a que des histoires », «l’Histoire est une idée transcendantale » Paul Veynes, Comment on écrit l’histoire ? 1979 Point seuil (Veynes critique les approches marxistes et structuralistes pour expliquer l’histoire)

Le drame du rapport de l’homme au temps (de drama : action, combat), illustré par une métaphore de Kafka :

Il y a deux antagonistes : le premier le pousse de l’arrière, depuis l’origine. Le second barre la route devant lui. Il se bat avec les deux. Certes, le premier le soutient dans son combat contre le second car il veut le pousser en avant et de même le second le soutient contre le premier, car il le pousse en arrière. Mais il n’en est ainsi que théoriquement. Car il n’y a pas seulement les deux antagonistes en présence mais aussi, encore lui-même, et qui connaît réellement ses intentions ? Son rêve, cependant, est qu’une fois, dans un moment d’inadvertance – et il y faudrait assurément une nuit plus sombre qu’il n’y en eut jamais – il quitte d’un saut la ligne de combat et soit élevé, à cause de son expérience du combat, à la position d’arbitre sur ses antagonistes dans leur combat l’un contre l’autre. Kafka, HE, notes de 1920. (cette parabole est analysée et commentée par H. Arendt, dans la préface de La crise de la culture- cf ci-dessous)

cours Histoire accessible dans les « pages » en haut à droite

L’homme entre matière et esprit… Merleau-Ponty

Posté : 7 juin, 2010 @ 11:12 dans Non classé | 3 commentaires »

Il y a là-dessus (…) deux vues classiques. L’une consiste à traiter l’homme comme le résultat des influences physiques, physiologiques et sociologiques qui le détermineraient du dehors et feraient de lui une chose entre les choses. L’autre consiste à reconnaître dans l’homme, en tant qu’il est esprit et construit la représentation des causes mêmes qui sont censées agir sur lui, une liberté acosmique*. D’un coté l’homme est une partie du monde, de l’autre il est conscience constituante du monde. Aucune de ces deux vues n’est satisfaisante. A la première on opposera toujours après Descartes que, si l’homme était une chose entre les choses, il ne saurait en connaître aucune, puisqu’il serait, comme cette chaise ou cette table, enfermé dans ses limites, présent en un certain lieu de l’espace et donc incapable de se les représenter tous. Il faut lui reconnaître une manière d’être très particulière, l’être intentionnel, qui consiste à viser toute chose et à ne demeurer en aucune. Mais si l’on voulait conclure de là que, par notre fond, nous sommes esprit absolu, on rendrait incompréhensibles nos attaches corporelles et sociales, notre insertion dans le monde, on renoncerait à penser la condition humaine.

(Le mérite de la philosophie nouvelle est justement de chercher dans la notion d’existence le moyen de la penser. L’existence au sens moderne, c’est le mouvement par lequel l’homme est au monde, s’engage dans une situation sociale qui devient son point de vue sur le monde. Tout engagement est ambigu, puisqu’il est à la fois l’affirmation et la restriction d’une liberté : je m’engage à rendre ce service, cela veut dire à la fois que je pourrais ne pas le rendre et que je décide d’exclure cette possibilité. De même mon engagement dans la nature et dans l’histoire est à la fois une limitation de mes vues sur le monde et ma seule manière d’y accéder, de connaître et de faire quelque chose. )

Merleau-Ponty« La querelle de l’existentialisme »,

1945, in Sens et non-sens (éd. Nagel, 1948 pp. 142)

* acosmique : a-cosmos = indépendance absolue, comme « hors du monde »

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