PHILOPARTAGE

la joie de penser… (pour mes élèves des Eaux Claires)

Sartre : Liberté et responsabilité. L’homme est condamné à s’inventer.

Classé dans : liberte,Sartre,Textes — 17 octobre, 2010 @ 10:44

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 » Dostoïevski avait écrit : « si Dieu n’existait pas tout serait permis ». C’est le point de départ de l’existentialisme. En effet, tout est permis si Dieu n’existe pas, et par conséquent l’homme est délaissé, parce qu’il ne trouve ni en lui ni hors de lui une possibilité de s’accrocher. Il ne trouve d’abord pas d’excuse. Si, en effet, l’existence précède l’essence, on ne pourra jamais l’expliquer par référence à une nature humaine donnée et figée ; autrement dit, il n’y a pas de déterminisme, l’homme est libre, l’homme est liberté. Si, d’autre part, Dieu n’existe pas, nous ne trouvons pas en face de nous des valeurs ou des ordres qui légitimeront notre conduite. Ainsi nous n’avons ni derrière nous ni devant nous, dans le domaine lumineux des valeurs, des justifications ou des excuses. Nous sommes seuls, sans excuses. C’est ce que j’exprimerai en disant que l’homme est condamné à être libre. Condamné parce qu’il ne s’est pas crée lui-même, et par ailleurs cependant libre, parce qu’une fois jeté dans le monde il est responsable de tout ce qu’il fait. (…) L’existentialisme (…) pense donc que l’homme sans aucun appui et sans aucun secours, est condamné à chaque instant à inventer l’homme. Ponge a dit, dans un très bel article : « l’homme est l’avenir de l’homme ». C’est parfaitement exact.  » Sartre, L’existentialisme est un humanisme

 

L’existentialisme est un humanisme  de Jean-Paul Sartre, 1946, rééd. Gallimard, coll. « Folio essais », 1996.

un article de Charles Pépin pour la revie Sciences humaines :

Ce livre très mince, tiré d’une conférence de Jean-Paul Sartre, occupe une place singulière dans le panthéon des textes philosophiques : à la fois philosophie provocante de la liberté, résumé de la doctrine existentialiste et réponse de Sartre aux attaques inévitables qui visèrent un courant devenu dans les années 50 une véritable mode.

Mais plus encore, pour le novice, il constitue une entrée idéale en philosophie. Ce n’est pas un hasard si les professeurs de philosophie l’étudient si souvent : la langue de Sartre y est claire, précise et illustrée, et le propos force le lecteur à prendre position. Comme l’écrit Sartre lui-même, « l’existentialisme n’est pas autre chose qu’un effort pour tirer toutes les conséquences d’une position athée cohérente ». En effet, si comme l’a annoncé Nietzsche, « Dieu est mort », alors, pour Sartre, « l’homme est condamné à être libre ». Rien – ni Dieu ni destin – ne détermine par avance son essence, sa vérité ou sa nature, son courage ou sa lâcheté : c’est l’existence qui est première et ce que chacun de nous, jour après jour, nous en ferons. Ce n’est qu’au terme d’une vie que nous pourrons juger : nous ne sommes rien d’autre que la suite de nos actions. Chez Sartre, invoquer un déterminisme pour justifier un état de fait devient au mieux de la « mauvaise foi », au pire la marque d’un état d’esprit de « salaud » : ainsi qualifie-t-il celui qui refuse d’assumer la responsabilité totale de ce qu’il fait de son existence. On comprend mieux les difficultés rencontrées par Sartre pour réconcilier marxisme et existentialisme…

La philosophie descend dans la rue.

La grande force de ce livre est de vulgariser avec élégance la thèse centrale de l’existentialisme, développée dans les mille pages de L’Etre et le Néant (1943) : cette liberté à laquelle l’existence nous condamne est loin d’être douce. Elle nous plonge au contraire dans l’angoisse devant le choix des possibles, devant notre responsabilité : en nous engageant nous engageons aussi tous les autres hommes, c’est là d’ailleurs ce qui confère sa dignité à notre liberté. Elle nous jette dans l’action mais aussi devant l’autre.

Mais si ce petit livre vulgarise ce qui est avant tout une doctrine philosophique ardue, il peut aussi être lu comme un des rares ouvrages à avoir fait descendre la philosophie dans la rue, et comme la profession de foi de ce qui est devenu un mouvement culturel. Ainsi, le lire ou le relire, c’est entendre résonner les romans de Sartre mais aussi ceux de Camus, de Saint-Exupéry, de Moravia ou de Simone de Beauvoir, tous ces romans existentialistes habités par le refus d’instaurer une conscience centrale chargée d’organiser le récit.

C’est entendre résonner les répliques ou réactions de ces personnages se projetant dans l’existence, avec sur leurs épaules la responsabilité totale de ce qu’ils en font. C’est aussi se replonger dans le mythique Saint-Germain-des-Prés, dans ces clubs de jazz où se croisaient, sur un air de Mouloudji, Boris Vian ou Juliette Gréco, Sartre ou Merleau-Ponty. Une autre façon d’être sensible à la manière dont, contre le structuralisme, contre la psychanalyse de Lacan aussi, l’existentialisme refusa de présenter l’homme comme devant subir un destin.

Un commentaire »

  1. NouchK dit :

    Mon sujet du bac, il y a ….assez longtemps !

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