PHILOPARTAGE

la joie de penser… (pour mes élèves des Eaux Claires)

Archive pour mars, 2020

A-HLP (et TES) La Caverne de Platon

Posté : 31 mars, 2020 @ 9:00 dans A-HLP, A-TES mars 2020 | Pas de commentaires »

Caverne-Confinement-Philo

Un texte d’actualité pour réfléchir aux « Représentations du monde ». Et pour les TES ce sont des révisions utiles (notamment pour tous ceux qui ne maitrisent pas bien ce texte)

DM facultatif HLP : Choisissez (au moins) 3 questions et envoyez-moi vos réponses.

Lire ci-dessous le texte de Platon. (Souligner les idées clés dès la 3ième lecture.) Puis essayez de dessiner le schéma de cette caverne si vous y arrivez.

Une fois que vous aurez compris le texte n’hésitez pas à voir le film Matrix (n° 1) qui fait plusieurs allusions à ce texte de Platon (cf la rubrique cinéma-philo sur le blog)

Questions de réflexion :
1/ Quelles sont aujourd’hui les parois de nos cavernes contemporaines ? Expliquez, argumentez, illustrez (au moins
3 exemples expliqués)
2/ Quelles sont les « ombres » actuelles sur les parois de nos cavernes :  expliquez et donnez au moins 2 exemples.
Et à quelles concepts philosophiques vus en cours (ou dans le manuel) pouvez-vous associer les « ombres »?
3/ Dans le monde actuel pensez-vous qu’il soit possible de sortir de la caverne et si oui comment s’y prendre ?
Si non : justifiez le, expliquez le.
4/ Comment comprenez-vous la peur et l’agressivité des prisonniers lorsque l’on essaie de les libérer ?
5/ Pour un sujet de dissertation tel que « Peut-on désirer l’ignorance ? » comment pourriez vous utiliser ce texte ? Ecrivez
un paragraphe sur une des thèses-réponses possibles, en vous appuyant sur le texte.
6/ Essayez de distinguer la réalité comme construction sociale et le réel tel qu’il est rencontré par celui qui sort de la
caverne.
7/ Distinguez la réalité sensible et la réalité intelligible et montrez en vous appuyant sur le texte les étapes qui
permettent de passer de la sensation immédiate à une idée précise (ou essence)

***
Extrait de Platon, La République, Livre 7 texte dit de « L’allégorie de la caverne »
Socrate
— [514] Représente-toi de la façon que voici l’état de notre nature relativement à l’instruction et à l’ignorance. Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière. Ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu’ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête. La lumière leur vient d’un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux. Entre le feu et les prisonniers passe une route élevée. Imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles.

Glaucon
— Je vois cela.

Socrate
— Figure-toi maintenant le long de ce petit mur des hommes portant des objets de toute sorte, qui dépassent le mur, et des statuettes d’hommes et d’animaux, en pierre, en bois et en toute espèce de matière. Naturellement, parmi ces porteurs, les uns parlent et les autres se taisent.

Glaucon
— Voilà, un étrange tableau et d’étranges prisonniers.

Socrate
— Ils nous ressemblent, répondis-je. Penses-tu que dans une telle situation ils n’aient jamais vu autre chose d’eux mêmes et de leurs voisins que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face ?

Glaucon
— Comment cela se pourrait-il s’ils sont forcés de rester la tête immobile durant toute leur vie ?

Socrate
— Et pour les objets qui défilent n’en est-il pas de même ?

Glaucon
— Sans contredit.

Socrate
— Mais, dans ces conditions, s’ils pouvaient se parler les uns aux autres, ne penses-tu pas qu’ils croiraient nommer les objets réels eux-mêmes en nommant ce qu’ils voient ?

Glaucon
— Nécessairement.

Socrate
— Et s’il y avait aussi dans la prison un écho que leur renverrait la paroi qui leur fait face, chaque fois que l’un de ceux qui se trouvent derrière le mur parlerait, croiraient-ils entendre une autre voix, à ton avis, que celle de l’ombre qui passe devant eux ?

Glaucon
— Non par Zeus.

Socrate
— Assurément, de tels hommes n’attribueront de réalité qu’aux ombres des objets fabriqués.

Glaucon
— De toute nécessité.

Socrate
— Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement si on les délivre de leurs chaînes et qu’on les guérisse de leur ignorance. Qu’on détache l’un de ces prisonniers, qu’on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière. En faisant tous ces mouvements il souffrira, et l’éblouissement l’empêchera de distinguer ces objets dont tout à l’heure il voyait les ombres. Que crois-tu donc qu’il répondra si quelqu’un vient lui dire qu’il n’a vu jusqu’alors que de vains fantômes, mais qu’à présent, plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste ? Si, enfin, en lui montrant chacune des choses qui passent, on l’oblige, à force de questions, à dire ce que c’est, ne penses-tu pas qu’il sera embarrassé, et que les ombres qu’il voyait tout à l’heure lui paraîtront plus vraies que les objets qu’on lui montre maintenant ?

Glaucon
— Beaucoup plus vraies.

Socrate
— Et si on le force à regarder la lumière elle-même, ses yeux n’en seront-ils pas blessés ? N’en fuira-t-il pas la vue pour retourner aux choses qu’il peut regarder, et ne croira-t-il pas que ces dernières sont réellement plus distinctes que celles qu’un lui montre ?

Glaucon
— Assurément.

Socrate
— Et si, reprise-je, on l’arrache de sa caverne, par force, qu’on lui fasse gravir la montée rude et escarpée, et qu’on ne le lâche pas avant de l’avoir traîné jusqu’à la lumière du soleil, ne souffrira-t-il pas vivement et ne se plaindra-t-il pas de ces violences ? Et lorsqu’il sera parvenu à la lumière, pourra-t-il, les yeux tout éblouis par son éclat, distinguer une seule des choses que maintenant nous appelons vraies ?

Glaucon
— Il ne le pourra pas, du moins au début.

Socrate
— Il aura, je pense, besoin d’habitude pour voir les objets de la région supérieure. D’abord ce seront les ombres qu’il distinguera le plus facilement, puis les images des hommes et des autres objets qui se reflètent dans les eaux, ensuite les objets eux-mêmes. Après cela, il pourra, affrontant la clarté des astres et de la lune, contempler plus facilement pendant la nuit les corps célestes et le ciel lui-même, que pendant le jour le soleil et sa lumière.

Glaucon
— Sans doute.

Socrate
— À la fin, j’imagine, ce sera le soleil, non ses vaines images réfléchies dans les eaux ou en quelque autre endroit, mais le soleil lui-même à sa vraie place, qu’il pourra voir et contempler tel qu’il est.

Glaucon
— Nécessairement.

Socrate
— Après cela il en viendra à conclure au sujet du soleil, que c’est lui qui fait les saisons et les années, qui gouverne tout dans le monde visible, et qui, d’une certaine manière, est la cause de tout ce qu’il voyait avec ses compagnons dans la caverne.

Glaucon
— Évidemment, c’est à cette conclusion qu’il arrivera.

Socrate
— Or donc, se souvenant de sa première demeure, de la sagesse que l’on y professe, et de ceux qui y furent ses compagnons de captivité, ne crois-tu pas qu’il se réjouira du changement et plaindra ces derniers ?

Glaucon
— Si, certes.

Socrate
— Et s’ils se décernaient alors entre eux honneurs et louanges, s’ils avaient des récompenses pour celui qui saisissait de l’oeil le plus vif le passage des ombres, qui se rappelait le mieux celles qui avaient coutume de venir les premières ou les dernières, ou de marcher ensemble, et qui par là était le plus habile à deviner leur apparition, penses-tu que notre homme fût jaloux de ces distinctions, et qu’il portât envie à ceux qui, parmi les prisonniers, sont honorés et puissants ? Ou bien, comme le héros d’Homère, ne préférera-t-il pas mille fois n’être qu’un valet de charrue, au service d’un pauvre laboureur, et de souffrir tout au monde plutôt que de revenir à ses anciennes illusions et vivre comme il vivait ?

Glaucon
— Je suis de ton avis, il préférera tout souffrir plutôt que de vivre de cette façon là.

Socrate
— Imagine encore que cet homme redescende dans la caverne et aille s’asseoir à son ancienne place. N’aura-t-il pas les yeux aveuglés par les ténèbres en venant brusquement du plein soleil ?

Glaucon
— Assurément si.

Socrate
— Et s’il lui faut entrer de nouveau en compétition, pour juger ces ombres, avec les prisonniers qui n’ont point quitté leurs chaînes, dans le moment où sa vue est encore confuse et avant que [517a] ses yeux se soient remis (puisque l’accoutumance à l’obscurité demandera un certain temps), ne va-t-on pas rire à ses dépens, et ne diront-ils pas qu’étant allé là-haut il en est revenu avec la vue ruinée, de sorte que ce n’est même pas la peine d’essayer d’y monter ? Et si quelqu’un tente de les délier et de les conduire en haut, et qu’ils puissent le tenir en leurs mains et tuer, ne le tueront-ils pas ?

Glaucon
— Sans aucun doute.

(De la caverne à la lumière et de la lumière à la caverne)
Socrate
— Maintenant, mon cher Glaucon, il faut [517b] appliquer point par point cette image à ce que nous avons dit plus haut, comparer le monde visible au séjour de la prison, et la lumière du feu qui l’éclaire à la puissance du soleil. Quant à la montée dans la région supérieure et à la contemplation de ses objets, si tu la considères comme l’ascension de l’âme vers le lieu intelligible, tu ne te tromperas pas sur ma pensée, puisque aussi bien tu désires la connaître. Dieu sait si elle est vraie. Pour moi, telle est mon opinion : dans le monde intelligible l’Idée du Bien est perçue la dernière et avec peine, mais on ne la peut percevoir sans conclure qu’elle est la cause de tout ce qu’il y a de droit et de beau en toutes choses ; qu’elle a, dans le monde visible, engendré la lumière et le souverain de la lumière ; que, dans le monde intelligible, c’est elle-même qui est souveraine et dispense la vérité et l’intelligence ; et qu’il faut la voir pour se conduire avec sagesse dans la vie privée et dans la vie publique.

Glaucon
— Je partage ton opinion autant que je puis te suivre.

Socrate
— Eh bien ! partage là encore sur ce point, et ne t’étonne pas que ceux qui se sont élevés à ces hauteurs ne veuillent plus s’occuper des affaires humaines, et que leurs âmes aspirent sans cesse à demeurer là-haut.

Glaucon
— Oui, c’est naturel.

Socrate
— Mais quoi, penses-tu qu’il soit étonnant qu’un homme qui passe des contemplations divines aux misérables choses humaines ait mauvaise grâce et paraisse tout à fait ridicule, lorsque, ayant encore la vue troublée et n’étant pas suffisamment accoutumé aux ténèbres environnantes, il est obligé d’entrer en dispute, devant les tribunaux ou ailleurs, sur des ombres de justice ou sur les images qui projettent ces ombres, et de combattre les interprétations qu’en donnent ceux qui n’ont jamais vu la justice elle-même ?

Glaucon
— Ce n’est pas du tout étonnant.

Socrate
— Un homme sensé se rappellera qu’il y a deux sortes de troubles de la vue, dus à deux causes différentes : le passage de la lumière à l’obscurité et le passage de l’obscurité à la lumière. Songeant que ceci vaut également pour l’âme, quand on verra une âme troublée et incapable de discerner quelque chose, on se demandera si venant d’une existence plus lumineuse, elle est aveuglée faute d’habitude, ou si, passant d’une plus grande ignorance à une existence plus lumineuse, elle est éblouie par son trop [518b] vif éclat. Dans le premier cas, alors, on se réjouirait de son état et de l’existence qu’elle mène ; dans le second cas on la plaindrait, et si l’on voulait en rire, la raillerie serait moins ridicule que si elle s’adressait à l’âme qui redescend de la lumière.

Glaucon
— C’est parler avec beaucoup de justesse.

(Conclusion)
Socrate
— La méthode dialectique est donc la seule qui, rejetant les hypothèses, s’élève jusqu’au principe même pour établir solidement ses conclusions, [533d] et qui, vraiment, tire peu à peu l’oeil de l’âme de la fange grossière où il est plongé et l’élève vers la région supérieure […[533e]…]
Il suffira donc d’appeler science la première division de la connaissance, pensée discursive la seconde [534a], foi la troisième, et imagination la quatrième ; de comprendre ces deux dernières sous le nom d’opinion, et les deux premières sous celui d’intelligence, l’opinion ayant pour objet la génération, et l’intelligence l’essence ; et d’ajouter que ce qu’est l’essence par rapport à la génération, l’intelligence l’est par rapport à l’opinion, la science par rapport à la foi, et la connaissance discursive par rapport à l’imagination [...]

Jeu : philo du confinement

Posté : 29 mars, 2020 @ 12:01 dans A-HLP, A-TES mars 2020 | Pas de commentaires »

PETITE PHILOSOPHIE DU CONFINEMENT
JEU-PLAGIAT-AUTEURS (philosophes et intrus)

consigne : identifiez l’auteur probable

(j’attends vos réponses en commentaires ou par mail ! indice : la plupart sont des citations légèrement modifiées)

1. – La guerre est mère de toutes choses, reine de toutes choses, et elle fait apparaître les uns comme dieux, les autres comme hommes, et elle fait les uns libres et les autres esclaves du confinement.

2. Tout ce que nous voyons éveillés est mort dans le confinement, tout ce que nous voyons endormis est éveil dans le confinement

3. Nous entrons et n’entrons pas, nous sommes et ne sommes pas dans les mêmes confinements

4. Une vie qui n’aurait pas été examinée pendant le confinement ne mériterait pas d’être vécue.

5. Le confinement est la mesure de toute chose.

6. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour écraser l’homme ; une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, puisqu’il sait qu’il meurt et l’avantage que l’univers a sur lui. L’univers n’en sait rien.

7. Je me confine donc je suis.

8. Etre ou ne pas être confiné…

9. Le confinement est la meilleur des polices.

10. Un fait social se reconnaît au pouvoir de coercition externe qu’il exerce ou est susceptible d’exercer sur les individus confinés.

11. La cause productrice du phénomène échappe nécessairement à qui n’observe que des individus ; car elle est en dehors des individus. Pour la découvrir, il faut s’élever au-dessus des confinements particuliers et apercevoir ce qui fait leur unité

12. Je est un autre pendant le confinement.

13. La vérité de l’être se donne en retrait dans le confinement.

14. Se confiner c’est dire non.

15. Le moi n’est pas maître dans son propre confinement

16. La perception du confinement n’est pas une science du monde, ce n’est pas même un acte, une prise de position délibérée, elle est le fond sur lequel tous les actes se détachent et elle est présupposée par eux.

17. Le corps confiné se voue à un monde dont il porte en lui le schéma : il le possède à distance plutôt qu’il n’en est possédé.

18. Le réel du confinement c’est l’impossible.

19. Un corps humain est là quand entre voyant et visible, entre touchant et touché, entre un oeil et l’autre, entre la main et la main se fait une sorte de recroisement, quand s’allume l’étincelle du sentant-sensible, quand prend ce feu qui ne cessera pas de brûler pendant le confinement.

20. Il y aurait donc enfin deux moi différents, dont l’un serait comme la projection extérieure de l’autre, sa représentation spatiale et pour ainsi dire sociale. Nous atteignons le premier par une réflexion approfondie, qui nous fait saisir nos états internes comme des êtres vivants, sans cesse en voie de formation, comme des états réfractaires à la mesure, qui se pénètrent les uns les autres, et dont la succession dans la durée n’a rien de commun avec une juxtaposition dans l’espace homogène du confinement. Mais les moments où nous nous ressaisissons ainsi nous-mêmes sont rares, et c’est pourquoi nous sommes rarement libres. La plupart du temps, nous vivons extérieurement à nous-mêmes, nous n’apercevons de notre moi que son fantôme décoloré, ombre que la pure durée projette dans l’espace homogène. Notre existence se déroule donc dans l’espace plutôt que dans le temps : nous vivons pour le monde extérieur plutôt que pour nous ; nous parlons plutôt que nous ne pensons ; nous « sommes agis » plutôt que nous n’agissons nous-mêmes. Agir librement, c’est reprendre possession de soi, c’est se replacer dans la pure durée du confinement.

21. L’existence du confinement précède son essence.

22. Je me confine donc nous sommes.

23. Tu peux te confiner, donc tu dois.

HLP-texte-Nietzsche

Posté : 27 mars, 2020 @ 3:11 dans A-HLP | Pas de commentaires »

Pour Réfléchir aux représentations du monde à travers le langage et la culture.
Questions pour guider la lecture du texte : 
(vous pouvez aussi chercher le thème + la question + la thèse – mais le texte est un peu long donc cet exercice est plus difficile car il y a plusieurs questions et thèses) 
 
1/ quelle est la vocation (fonction) de la culture selon Nietzsche ? 
2/  comment la culture permet-elle de constituer des représentations communes du monde ? ( quelle est la source des représentations communes selon l’auteur ?)
3/ pourquoi selon l’auteur avons nous « besoin » de représentations communes ? (quel est ce besoin ?)
4/ Mais quelle critique énonce-t-il (à la fin du texte) au sujet de ces représentations communes ? (qu il résume par « le commun »)

 

268.

Qu’appelle-t-on commun, en fin de compte ? — Les mots sont des signes verbaux pour désigner des idées ; les idées, elles, sont des signes imaginatifs, plus ou moins précis, correspondant à des sensations qui reviennent souvent et en même temps, des groupes de sensations. Il ne suffit pas, pour se comprendre mutuellement, d’employer les mêmes mots. Il faut encore user des mêmes mots pour le même genre d’événements intérieurs, il faut enfin que les expériences de l’individu lui soient communes avec celles d’autres individus. C’est pourquoi les hommes d’un même peuple se comprennent mieux entre eux que ceux qui appartiennent à différents peuples ; mais lorsque les peuples différents emploient le même idiome, ou plutôt, lorsque des hommes placés dans les mêmes conditions (de climat, de sol, de dangers, de besoins, de travail) ont longtemps vécu ensemble, il se forme quelque chose « qui se comprend », c’est à dire un peuple. Dans toutes les âmes un nombre égal de faits qui reviennent souvent l’a emporté sur les faits qui reviennent plus rarement. Sur les premiers on s’entend vite, toujours plus vite — l’histoire de la langue est l’histoire d’un procédé d’abréviation. À cause de cette entente rapide, on s’unit de plus en plus étroitement. Plus le danger est grand et plus grand est le besoin de s’entendre vite et facilement sur ce dont on a besoin ; ne pas s’exposer à un malentendu dans le danger, telle est la condition indispensable pour les hommes dans leur commerce réciproque. On s’en aperçoit aussi dans toute espèce d’amitié et d’amour. Aucun sentiment de cet ordre ne dure, si, tout en usant des mêmes paroles, l’un des deux sent, pense, pressent, éprouve, désire, craint autrement que l’autre. (La crainte de « l’éternel malentendu » : tel est le bienveillant génie qui retient si souvent des personnes de sexe différent de contracter les unions précipitées que conseillent les sens et le cœur ; ce n’est nullement une sorte de « génie de l’espèce », comme l’a imaginé Schopenhauer — !) Savoir quels sont, dans une âme, les groupes de sensations qui s’éveillent le plus rapidement, qui prennent la parole, donnent des ordres, c’est là ce qui décide du classement complet de la valeur de ces sensations, c’est là ce qui, en dernière instance, fixe leur table de valeur. Les appréciations d’un homme présentent des révélations au sujet de la structure de son âme, montre où celle-ci voit ses conditions d’existence, son véritable besoin. Si l’on admet donc que, de tous temps, le besoin n’a rapproché que des hommes qui pouvaient désigner, au moyen de signes semblables, des nécessités semblables, des impressions semblables, il résulte dans l’ensemble, que la facilité de communiquer le besoin, c’est à dire en somme, le fait de n’éprouver que des sensations moyennes et communes, a dû être la force la plus puissante de toutes celles qui ont dominé l’homme jusqu’ici. Les hommes les plus semblables et les plus ordinaires eurent toujours et ont encore l’avantage ; l’élite, les hommes raffinés et rares, plus difficiles à comprendre, courent le risque de rester seuls et, à cause de leur isolement, ils succombent au danger et se reproduisent rarement. Il faut faire appel à de prodigieuses forces adverses pour entraver ce naturel, trop naturel processus in simile, le développement de l’homme vers le semblable, l’ordinaire, le médiocre, le troupeau — le commun !

Nietzsche, Par delà le bien et le mal (Chap 9 Qu’est-ce qui est noble ? § 268)

EXERCICES TES

Posté : 22 mars, 2020 @ 6:40 dans A-HLP, A-TES mars 2020 | Pas de commentaires »

Ci-dessous quelques questions pour que vous puissiez vérifier votre compréhension du cours envoyé dimanche 15 mars.

Si vous souhaitez un suivi personnalisé, m’envoyer vos réponses par mail, et je vous propose aussi d’en discuter de façon collective sur la liste de diffusion (par le mail de philopartage)

- RDV Tes 3 lundi 23 mars – à 13H

- RDV TES 2 lundi vers 17H

- RDV TES 4 mardi 11H

Et pour ceux qui ont déjà fini – continuez à analyser le texte de Merleau Ponty et à lire les pages sur Sénèque (je reste disponible par mail pour suivre votre travail)

QUESTIONS SUR LE COURS (après lecture et assimilation du cours) :

a/ Pourquoi le sentiment de la liberté ne doit-il pas être confondu avec la véritable liberté (selon Spinoza mais pas seulement) ?

b/ Pourquoi le libre-arbitre est il nécessairement toujours supposé (dans la définition du sujet humain notamment) ?

c/ Cependant pourquoi le libre arbitre peut-il être illusoire – ou dans quelles conditions (et/ou situations) ?

d/ Pourquoi les déterminismes remettent-il en question l’idée immédiate (le concept un peu naïf) de notre liberté ?

e/ Ne faut-il pas différencier (distinguer) le déterminisme naturel (càd qui concerne la matière et la nature) et les déterminismes socio-culturels et psychiques ? ET POURQUOI ?

f/ Dans quelle mesure connaître les différentes formes de déterminismes possibles peut-il nous libérer et nous redonner de la liberté ? (utile sur un sujet de bac. tel que : « La prise de conscience est-elle libératrice ?)

g/ Le choix moral et le fait de « faire son devoir » est selon Kant la meilleure preuve de notre liberté – expliquez pourquoi ?

H/ Expliquez la différence entre l’autonomie et l’hétéronomie (expliquez les concepts et donnez aussi une illustration)

 i/ Et seulement pour TES2 : dans la crise actuelle de la pandémie et les discours qui l’accompagnent, pouvez-vous repérer les 3 grands critères du devoir (ou sources de la morale ?). Prenez chaque critère et illustrez le par rapport au contexte actuel.

TRAVAIL TEXTE-TES2,3,4 et HLP

Posté : 19 mars, 2020 @ 10:48 dans A-HLP, A-TES mars 2020 | Pas de commentaires »

Après avoir bien lu le cours sur la liberté, les déterminismes, et la responsabilité morale.  Je vous propose de mettre en « pratique » votre discernement et de vérifier votre compréhension du cours à travers l’analyse du beau texte de Merleau-Ponty (et s’il résonne un peu avec l’actualité ce n’est pas plus mal !)

Pour les TES  voici 2 questions :

1/ Analysez la structure du texte. (Puis thème/question/thèse/PB)

2/ Expliquez les 3 thèses dont il est question (et faites des liens entre liberté, Conscience, Sujet, Esprit, Matière)

Pour les HLP j’ai envoyé un mail avec d’autres questions.

Il y a là-dessus (…) deux vues classiques (1). L’une consiste à traiter l’homme comme le résultat des influences physiques, physiologiques et sociologiques qui le détermineraient du dehors et feraient de lui une chose entre les choses. L’autre consiste à reconnaître dans l’homme, en tant qu’il est esprit et construit la représentation des causes mêmes qui sont censées agir sur lui, une liberté acosmique (2). D’un coté l’homme est une partie du monde, de l’autre il est conscience constituante du monde. Aucune de ces deux vues n’est satisfaisante. A la première on opposera toujours après Descartes que, si l’homme était une chose entre les choses, il ne saurait en connaître aucune, puisqu’il serait, comme cette chaise ou cette table, enfermé dans ses limites, présent en un certain lieu de l’espace et donc incapable de se les représenter tous. Il faut lui reconnaître une manière d’être très particulière, l’être intentionnel, qui consiste à viser toute chose et à ne demeurer en aucune. Mais si l’on voulait conclure de là que, par notre fond, nous sommes esprit absolu, on rendrait incompréhensibles nos attaches corporelles et sociales, notre insertion dans le monde, on renoncerait à penser la condition humaine.

(…) L’existence au sens moderne, c’est le mouvement par lequel l’homme est au monde, s’engage dans une situation sociale qui devient son point de vue sur le monde. Tout engagement est ambigu, puisqu’il est à la fois l’affirmation et la restriction d’une liberté : je m’engage à rendre ce service, cela veut dire à la fois que je pourrais ne pas le rendre et que je décide d’exclure cette possibilité. De même mon engagement dans la nature et dans l’histoire est à la fois une limitation de mes vues sur le monde et ma seule manière d’y accéder, de connaître et de faire quelque chose.

Merleau-Ponty« La querelle de l’existentialisme », 1945, in Sens et non-sens (éd. Nagel, 1948 pp. 142)

(1) Il s’agit de deux thèses ou conceptions sur l’existence humaine, la condition humaine et donc aussi sur la définition de l’homme. (Ce qui conduit à réfléchir sur le sujet et l’objet, la conscience / l’esprit et le corps / la matière.)

(2) acosmique de a-cosmos, désigne littéralement l’absence de monde (a = privatif et cosmos = monde) il s’agit donc ici d’une forme d’indépendance absolue, comme si l’homme était « hors du monde »

P1100614

A L’ATTENTION DES TES2,3,4 et 1ières HLP

Posté : 16 mars, 2020 @ 2:20 dans A-HLP, A-TES mars 2020 | Pas de commentaires »

En raison des mesures actuelles, et des problèmes de connexion sur les serveurs habituels, je vous invite à venir régulièrement ici.

Je vais réinvestir ce blog et remettre des documents en ligne en cours de semaine.

Et vous pourrez me contacter facilement par l’adresse indiquée sur ce blog (dans « me contacter » l’adresse apparaît)

Pour les TES 2,3,4 : je crois que chaque classe a un « groupe » sur les réseaux sociaux – les délégués (et tout autre) peuvent-ils s’assurer que chaque élève reçoit les documents de cours envoyés hier ? Et si ce n’est pas le cas merci de me signaler vos difficultés (quelqu’elles soient) par l’adresse mail indiquée sur ce blog. (en cas de PB sur l’ENT ceci pourra nous servir à communiquer)

Prenez soin de vous, reposez-vous, ne vous laissez pas envahir par les effets de panique, revenez en vous, mais aussi : soyez prudents et respectez les consignes sanitaires.

Bon courage à tout le monde et à bientôt

F.C

 

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