PHILOPARTAGE

la joie de penser… (pour mes élèves des Eaux Claires)

METHODE 3 -texte

La méthode d’explication de texte (3ème sujet de l’épreuve de philosophie des séries générales – mais les Tstg liront aussi avec profit cette méthode)

1-Consignes officielles 

Voici la consigne qui précèdera votre texte sur votre feuille d’examen: « Expliquer le texte suivant. La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. » Dans les textes officiels, on trouve encore les précisions suivantes : « l’explication s’attache à dégager les enjeux philosophiques et la démarche caractéristique d’un texte de longueur restreinte. En interrogeant de manière systématique la lettre de ce texte, elle précise le sens et la fonction conceptuelle des termes employés, met en évidence les éléments implicites du propos [cad ce qui est sous-entendu par l’auteur ] et décompose les éléments de l’argumentation, sans jamais séparer l’analyse formelle d’un souci de compréhension de fond, portant sur le problème traité et sur l’intérêt philosophique de la position construite et assumée par l’auteur. »

Précisons de quoi il s’agit en analysant les expressions importantes de ces considérations :

  • problème : il s’agit, dans l’explication de texte, de dégager le problème soulevé par l’auteur. Ex : le droit est-il toujours juste ? Est-on libre de désirer ? La liberté est-elle absence de contrainte ? etc. autant de questions philosophiques qui pourraient faire l’objet d’une dissertation. Partez de la thèse du texte puis efforcez-vous de formuler la question à laquelle répond la thèse. Ensuite interrogez-vous sur les contradictions qui sous-tendent la question, vous pourrez alors formuler le problème que traite le texte et auquel il s’efforce de semble répondre. Par exemple : thèse => la liberté suppose un effort de raison. Question (s) : Peut-on être libre sans raisonner ? PB : la liberté est-elle une donnée de l’existence ou bien doit-elle se conquérir par notre raison ?

  • enjeux philosophiques : Une fois dégagé le problème soulevé par ce texte, il faut en dégager les enjeux pour la réflexion philosophique. Ex : « Dans ce texte, l’auteur semble dire que le droit n’est pas toujours juste, ce qui montre dans quelle mesure la justice est un instrument des puissants pour servir leurs intérêts » : la partie en italique n’est pas explicitement dans le texte. C’est vous qui dégagez les conséquences du propos de l’auteur concernant la réflexion philosophique. L’enjeu, en résumé, ne figure pas dans le texte : c’est à vous de le dégager en donnant la portée du texte.

  • démarche caractéristique : comment procède l’auteur pour démontrer sa thèse : fait-il des hypothèses ? Procède t-il à des critiques, à des réfutations ? Opère t-il par métaphores ? Part-il d’un constat ? Remet-il en question une opinion ? Etc.

    Il s’agira toujours, en philo (contrairement au Français) d’un texte démonstratif, argumentatif. La question que vous devrez dès lors vous poser est la suivante : de quelle manière argumente-t-il ? Quelle est la structure argumentative, démonstrative du texte ?

  • fonction conceptuelle des termes employés : la philosophie est un exercice de clarification et de définition des termes – Il vous faudra donc repérer les concepts-clé du texte et dire en quel sens l’auteur semble entendre ces termes. Ex : il y a plusieurs façons de définir la liberté : certains la définissent comme « le fait d’agir sans contrainte » (de faire ce que l’on veut), d’autres comme « le fait d’obéir aux lois » (dans un pays démocratique) etc. En quel sens l’auteur, s’il parle de liberté, entend ce terme. Il vous faudra peut-être faire des hypothèses de sens càd faire l’effort d’interpréter ce qui n’est pas explicitement affirmé (« il semble que l’auteur veuille dire par là que.. », « on peut supposer que… ») mais dans tous les cas, il vous faudra toujours justifier votre choix (montrer pourquoi vous avez opté pour telle définition et pas telle autre).

  • mettre en évidence les éléments implicites du propos : pour justifier, justement, certaines interprétations que vous ferez, il vous faudra faire appel à ce que l’auteur ne dit pas clairement mais qui semble figurer en arrière-fond de son propos. NB : n’oubliez pas que les textes que vous aurez à expliquer n’ont pas été écrits pour le bac. Ils sont extraits d’ouvrages parfois de plusieurs centaines de pages, ce qui signifie que pour en arriver là, l’auteur a déjà mis en avant bc d’élts qu’il vous faudra redécouvrir à partir de l’extrait donné.

  • les éléments de l’argumentation : encore une fois, comment l’auteur s’y prend-il pour démontrer sa thèse ? Quels sont ses arguments (rien, en philo, ne vaut si ce n’est pas étayé par des arguments- c’est la raison pour laquelle le simple « avis personnel » est évacué). Rien ne doit être « évoqué », tout doit être expliqué, explicité, justifié, démontrer en recourant à une exigence logique (pour cela il vous suffit d’être très attentif à vos pensées et à leur enchaînement et à ne rien admettre comme « évident » même dans vos propres pensées : vous devez chercher à démontrer à vous-même d’abord pourquoi vous pensez ceci ou cela)

  • souci de compréhension de fond : contrairement au Français où l’on vous demandait d’étudier la forme littéraire du texte (analyse syntaxique, figures de style etc.), ce qui compte en philo, c’est le fond, càd l’idée ! Donc, l’analyse formelle du texte doit seulement être faite au brouillon pour vous aider à mieux comprendre l’idée mais ne doit pas figurer dans votre devoir. Par exemple, l’utilisation d’adverbes comme « cependant », « mais »…marquent une opposition et peuvent vous permettre de comprendre la démarche de l’auteur mais une telle analyse ne doit en aucune manière figurer dans l’explication proprement dite. Il faut donc proscrire les explications du type : « à la 3ème ligne, l’auteur emploie le pronom personnel « je », à la 4ème ligne, il emploie le pronom personnel « on » » etc. En revanche, vous pouvez souligner que l’emploi du pronom personnel « je » montre que l’auteur s’engage personnellement, alors que l’emploi du pronom personnel « on » signifie qu’il fait référence à l’opinion commune (au « on pense généralement que » …). Il faut donc éviter de « décrire » le texte comme si seul importait sa forme. Peut importe la forme ou l’aspect des phrases, sauf pour votre compréhension, mais ne décrivez pas cela dans vos copies, on attend de vous un dialogue avec la pensée et les idées du texte, pas une vague description mais une réelle implication pensante.

  • position construite et assumée par l’auteur : il s’agira d’expliquer le texte d’un auteur particulier (Aristote, Kant, Descartes etc.) et uniquement de cet auteur. Vous pouvez bien sûr faire appel à d’autres auteurs mais à condition que cela éclaire vos propres questions face au texte étudié ou à condition que cela permette par contraste de mieux cerner le propos du texte ou la pertinence de sa thèse. Mais vous ne devez pas expliquer la thèse d’un autre auteur ou en faire l’objet d’un commentaire vous détournant du texte à étudier. Attention aussi aux références anachroniques (pour un texte de Kant il est possible de faire référence à une thèse de Platon si l’on peut en lisant Kant supposer un lien implicite entre leurs thèses respectives, car Kant a bien sûr lu Platon  - par ex  pour un texte de Kant qui reprendrait la distinction entre le « sensible » et l’intelligible ». En revanche on ne peut expliquer un texte de Platon par 1 référence à Kant !) De plus certaines de vos références peuvent rester implicites, elles vous aident à élaborer vos questions et vos réponses mais vous n’êtes pas obligés de discuter les liens entre l’auteur et d’autres textes.

  • L’explication de texte, contrairement à la dissertation, est un exercice de dévotion ! : il faut se mettre à la place de l’auteur, essayer de comprendre la démarche qui lui est propre et se mettre au service de sa pensée !  Attention ! surtout ne pas prendre de distance « je-m’en-foutiste » : sous entendu « lui il pense cela, moi, cela ne me concerne pas ». Il faut s’impliquer dans l’explication, en faisant comme si c’était moi qui avais rédigé un texte que je défends, que j’explique (à mon petit frère, par exemple) – Se mettre dans la tête, dans la peau de l’auteur !Rq : évitez dès lors les formules telles que « l’auteur dit que », « l’auteur pense que » qui montrent que vous êtes à distance du texte et qui vous poussent sur la pente du résumé (et non de l’explication) . Non ! C’est vous qui pensez- Exprimez vous directement – Ex: « la justice est présentée comme un pouvoir décisif…» et non « L’auteur dit que la justice est un pouvoir décisif… ». Evitez aussi de « nous » prendre pour le centre du monde : » l’auteur veut nous montrer », « nous dire » etc… Gilles Deleuze parlant de la philosophie dit que c’est parfois une pratique de ventriloque : faire parler l’auteur à partir de soi ! Et K. Jaspers dans son Introduction à la philosophie, explique que pour bien comprendre une pensée, un auteur, il faut la « mimer » en quelque sorte c’est-à-dire la vivre, l’éprouver à partir de soi. Donc s’impliquer, se questionner avec l’auteur et ne pas l’observer passivement.

2- Comment faire « concrètement ?

A/Lectures

Tout d’abord, lisez plusieurs fois le texte : le lire une première fois sans s’arrêter ni rien souligner puis le relire en soulignant les mots importants (les concepts clés du texte), les mots de liaison (« or », « mais », « donc » , « par conséquent » etc.) pour repérer la structure argumentative du texte (cad la façon dont il est construit). Enfin, dans une 3ème lecture, prenez un peu de distance et lisez le texte avec un objectif déterminé : trouver quelle est la thèse centrale du texte. Que veut donc montrer l’auteur ? A l’aide des mots de liaison, noter comment il s’y prend. Écrire dans la marge un titre correspondant aux différentes parties du texte (par exemple « introduction avec définition du terme Justice »,  « critique de la notion de… » …) : ce seront les parties de votre texte (qu’on appelle « moments » en philosophie par référence aux temps d’une discussion càd aux « moments argumentatifs »).

B/ Préparer une introduction au brouillon. Celle-ci peut prendre la même forme que celle de la dissertation : 3 paragraphes, le 1° amène à la question /PB central du texte ; le 2°paragraphe développe les questions implicites ou montre les enjeux de cette question, et le 3° paragraphe annonce les pistes de réflexions, les questions qui vont permettre d’expliquer le texte de façon suivie, linéaire (ces questions résumant en qque sorte les différents moments du texte).

ou bien de façon plus » scolaire » mais à mon sens moins dynamique et plus maladroite pour s’engager dans l’analyse, l’intro peut s’organiser par  :

  1. Une brève présentation du texte et du thème que l’auteur aborde : ex. : « Dans ce texte, extrait de …,  l’auteur aborde la question du rôle de la justice dans une société démocratique» . Le thème correspond en général à une (ou parfois plusieurs) des notions du programme. Ici le thème ou la notion à interroger est la justice. La question générale porte sur son rôle ds le cadre d’uen démocratie.

  2. Formulez les questions implicites  ou le PB sous forme d’alternative (qui se pose au sujet du thème ou notion) auxquels semble répondre l’auteur - Ex. :« En effet, dans ce texte, l’auteur semble répondre à la question « la justice a t-elle tous les droits ou bien doit-elle être limitée dans son exercice par d’autres pouvoirs (les « contre-pouvoirs ») ? » »

  3. Formulez la thèse de l’auteur càd sa position sur ces questions (sa réponse) qui peut consister aussi en une critique des réponses (opinions ou thèses) habituellement données à cette question (ou que d’autres auteurs ont pu donner). Ex : « selon l’auteur la justice n’est légitime que dans la mesure où elle défend les intérêts de tous-Une justice inégalitaire ne saurait être encore, selon lui, appelée « justice » ».

  4. Formulez les enjeux du texte càd les questions que nous posent le texte, à nous, lecteurs contemporains et l’intérêt que l’on peut y trouver. Ex : « ce texte nous interroge tout particulièrement sur les limites du pouvoir judiciaire et sur la nécessité d’une séparation stricte entre les trois pouvoirs-exécutif, législatif et judiciaire- pour garantir la liberté et l’égalité des citoyens » ou encore « l’intérêt philosophique de ce texte est de montrer que…  » Et vous pouvez aussi interroger la thèse en montrant que son sens pose PB : « cette thèse signfiet-elle que… ou bien que…. »

  5. Enfin aidez-vous du découpage du texte en moments  pour annoncer le plan de votre explication  – Ex : « Dans un premier temps, l’auteur montre que…/ ou nons chercherons avec l’auteur à mieux comprendre…. » « Dans un deuxième moment nous examinerons pourquoi l’auteur réfute l’idée communément partagée selon laquelle… » et « Enfin, nous examinerons les conséquences de … ou la façon dont l’auteur conclut en montrant qu’elle vaut aussi pour d’autres domaines … » Attention, pas de mention de lignes (ligne 1à5 …) mais éventuellement des mentions discrètes de début et fin de moment (Du début du texte à …. sagesse » puis de « Le bonheur n’est-il pas »… à la fin du texte.Mais il est parfois possible lorsque le découpage qui suit  est assez clair au sein du développement de ne pas annoncer le plan de façon aussi scolaire, pourvu que vous annonciez des questions bien articulées entre elles et qui reprennent les grandes questions du texte.

C/ Rédaction de l’explication

  • Attention ! Il s’agit d’une explication linéaire (et non comme en Français d’une explication par thèmes- Cf. commentaire composé) ! Vous aurez donc à suivre l’ordre de l’argumentation, à suivre le texte pas à pas, ligne après ligne, pour expliquer chaque idée.

  • Vous aurez autant de parties que de « moments » : si vous avez distingué 3 phases de l’argumentation, vous aurez donc 3 parties ; si vous n’en avez distingué que 2, vous aurez 2 parties séparées les unes des autres par une transition (=quelques lignes justifiant logiquement le changement de partie marqué, par un saut de lignes). En général, les textes (assez courts) sont constitués de 2 ou 3 moments (rarement 4)- Si vous en trouvez plus, c’est que vous n’avez pas compris la structure d’ensemble du texte et que vous l’avez trop fragmenté.

  • Il s’agit d’une explication et non d’un commentaire : vous devez expliquer ce que dit l’auteur avant de commenter son propos (la proportion admise est en général 2/3 d’explication – 1/3 de commentaire) – « Commenter », c’est se mettre à distance ; c’est « critiquer », « souligner l’intérêt du propos » ou, au contraire, le discuter parce qu’on n’est pas d’ accord. Si vous le faites, assurez-vous de vraiment bien avoir expliqué ce que vous commentez (sinon, cela pourrait être perçu comme de la prétention ou tout simplement être Hors-Sujet). Comment faire ? Expliquez un passage et commentez-le à la suite (pas de 3ème partie consacrée exclusivement au commentaire comme on le lit parfois dans certaines méthodes)

  • Il s’agira de faire comme si l’on « traduisait » le texte pour une personne qui l’aurait lu mais ne l’aurait pas compris. Le principe est donc de développer et surtout pas de résumer : on doit décortiquer le contenu du texte. Donc, avec une phrase du texte, on en fait trois d’explication et surtout pas l’inverse. Le plus grave défaut d’un commentaire, c’est de n’être qu’un résumé (cf. paraphrase : reformuler ce que dit l’auteur dans ses propres mots)- Insister sur tous les mots techniques pour les définir. Se servir, par exemple, du concept opposé pour essayer d’expliquer un terme. Faire le plus possible de distinctions conceptuelles- Ex : « la joie n’est pas le plaisir car celui-ci est moins intense et souvent uniquement d’ordre physique.., la joie n’est pas non plus… » Si la copie commence dans le brouillard et finit dans la confusion, sans que rien n’ait été précisé, vous pouvez être sûr que le résultat ne sera pas bon. Si vous avez établi des distinctions, éclairé ce qui était auparavant complexe, alors vous aurez vraiment expliqué le texte.

  • Attention ! Il faut expliquer l’intégralité du texte et ne pas passer à coté des passages difficiles comme s’ils n’existaient pas. Il vaut mieux faire des hypothèses plutôt que de faire comme si ça n’existait pas (impardonnable aux yeux des correcteurs). Prendre alors des précautions oratoires : « il est possible d’interpréter ce passage de la façon suivante .. » et défendre son point de vue. Le correcteur vous saura gré d’avoir pris des risques.

  • Valable aussi pour la dissertation : 1§ par idée- 1idée par § (un § est marqué par un alinéa) ; et une idée pour une ou plusieurs phrases plutôt que 5 idées dans une seule phrases ! Plus vous apprendrez à faire des phrases simples et plus votre pensée gagnera en précision. Vous vous aiderez aussi de cette façon à bien observer votre pensée. Eviter donc les grandes envolée lyriques, inspirée, qui vous font perdre le fil de votre idée. Restez dans le raisonnement : càd observez l’enchaînement lgique entre vos idées et vos phrases.

C/ Conclusion – Revenir sur la question initiale, la question centrale posée par le texte et faire le bilan de ce que l’on peut considérer comme étant la thèse de l’auteur et des acquis du texte – puis, éventuellement prendre position (cf. ce que vous avez apporté dans le commentaire ) Ne pas s’obliger absolument à faire une « ouverture », il est possible de finir « net et précis ». L’essentiel, c’est de montrer que le texte a été éclairé.

un exemple d’explication de texte rédigée en allant à la page suivante :

http://philopartage.unblog.fr/2009/11/24/alain-penser-vraiment-cest-penser-librement-cest-refuser-de-croire-et-se-donner-une-chance-de-savoir/

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