PHILOPARTAGE

la joie de penser… (pour mes élèves des Eaux Claires)

Bonnard, et le mystère de la peinture moderne…

Classé dans : Art,La Culture,peinture — 21 octobre, 2009 @ 9:18

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l’atelier aux mimosas, Pierre Bonnard

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“la peinture, ou la transcription des aventures du nerf optique” écrit Pierre Bonnard (dans son agenda-carnet). Comme Monet, Bonnard cherche à transcrire la lumière, comme Cézanne, il cherche à transcrire la sensation pure de la vision. Et cependant il ne peint jamais d’après modèle mais d’après croquis, dans une démarche analytique du “visuel” à peindre : telle heure, telle qualité de lumière (beau temps ou mauvais temps note-t-il dans ses carnets) tel contraste de couleur pour amplifier la lumière, telle façon de composer avec le “vu” et de mettre en scène le visuel (le paysage vu à travers la fenêtre peut amplement déborder le cadre de ce qui était effectivement perceptible). 

En un sens, pour Bonnard comme pour de nombreux peintres, l’épiphanie du visuel est désormais le sujet réel du tableau, et peu importe les objets représentés, ils ne sont que supports de méditation sur la lumière et les “aventures du nerf optique”.

 Il y a bien longtemps que les dieux, les héros, les personnages historiques ont quitté la scène du tableau… les peintres peignent “le rien”, le rien de la lumière qui donne forme sans que la forme soit prééminente. Et il importe que ce rien devienne l’objet du tableau.

Dès la fin du 19°s  la peinture se met à se réfléchir elle-même, s’observe, s’analyse, devient sujet d’elle-même. Ainsi la couleur et ses ressources devient à elle-même son propre objet, elle n’est plus le médium d’autre chose,  (le moyen technique d’une représentation) car le semblant de l’imitation se sait désormais semblant et devient prétexte à la célébration de sensations visuelles. Ainsi la lumière, ses aventures dans le corps, ses vibrations dans la chair de la perception, est peut-être en dernière analyse l’objet à accueillir et à transcrire…

Il arrive que la pratique picturale témoigne alors d’une profonde  joie d’être (pensons aux nombreux papiers découpés du dernier Matisse), joie inhérente à l’éveil d’une pleine conscience et d’une présence sensible au monde de l’ici et maintenant comme dirait Merleau-Ponty dans L’oeil et l’esprit. La théorie a laissé place à l’experience de l’être au monde et l’expérimentation joyeuse du   »prendre part » et percevoir…

 Expérience où certains se sont engagés en déconstruisant les codes de la préhension intellectuelle classique, les règles habituelles de la représentation (pensons aux nymphéas de Monet par ex. ) pour accueillir de l’inédit et voir avec cet ”’oeil du nourrisson” dont parle Cézanne, cet oeil qui saisit les harmonies musicales,  rythmes et timbres colorés qui tissent le réel comme le pense le Gauguin d’Haïti. Lequel se dit lui-même “primitif” en ce sens qu’il tente d’interroger le mécanisme de la perception à sa racine. Revenir à cette « nappe de sens brut » et à ce « il y a » que Merleau-Ponty explore dans Le visible et l’invisible.

C’est le mystère de cette présence à soi et au réel que célèbreront aussi les oeuvres de Rothko qui parle à ce sujet de “tableaux de méditations”, tableaux qui ne sont plus qu’espace mental, espaces sans formes, espaces silencieux convoquant le calme possible d’une intériorité ouverte sur le vide bouddhique, le vide du mental qui peut accueillir la plénitude d’être, au présent, ici et maintenant, face à l’aura singulière du perçu.

« Aura » dont Walter Benjamin, dans L’oeuvre d’art à l’heure de sa reproduction technique, dit qu’elle disparaît précisément lorsque l’art est consommé, reproduit à grande échelle. L’aura d’une oeuvre c’est sa présence unique, tout ce qui caractérise sa singularité, taille, textures, matières, effets techniques, supports, et tout ce qui ne peut s’apercevoir sur une reproduction dans un livre ou une reproduction décorative (Rothko n’est connu de certains qu’à travers sa vulgarisation dans les magazins de décoration d’intérieur… )

Pourtant seule la rencontre en direct avec une oeuvre permet de ne pas trahir son être et d’éprouver son mystère. Aujourd’hui nous « consommons » les images de l’art, zappant de l’une à l’autre, accumulant et oubliant (comme toute chose qui n’a pas été vraiment rencontrée). Je le fais aussi un peu sur ce blog en ne témoignant que d’un petit reflet – ombre dans la caverne dirait Platon – des oeuvres réelles qui se trouvent dans tels et tels musées…  Pourvu que cela éveille alors votre curiosité… (Car rappellons-nous de l’expérience généreuse et audacieuse dans laquelle de nombreux artistes se sont engagés et s’engagent encore. Ne trahissons pas ce mystère, célebrons le !)

Enfin, certains comme Malevitch seront même tentés d’élaborer une sorte de nouvelle métaphysique de l’être.

«  Ce à quoi nous donnons le nom de réalité est l’infini qui ne connaît ni poids, ni mesure,ni temps, ni espace, ni absolu, ni relatif, et qui n’a jamais été tracé dans une forme. La réalité n’est pas plus représentable que connaissable. Rien n’est connaissable, mais dans le même temps, ce « rien » éternel existe »   Malévitch, (extrait de « Dieu n’est pas déchu » dans Essais.)

 

Pour le plaisir de s’étonner… Autrui, la rencontre, soi, le reste, et un peu d’humour….

Classé dans : Autrui,QuestionsPhilo — 21 octobre, 2009 @ 7:22

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- lorsque vous voyez quelqu’un que vous n’avez jamais vu : le voyez-vous ou le regardez-vous ?

 - lorsque vous revoyez quelqu’un que vous avez déjà vu : le voyez-vous ou le regardez-vous ?

 - lorsque vous regardez vraiment la personne qui est en face de vous : percevez-vous vraiment qui est cette personne ? entrez-vous en relation avec son être singulier ? Êtes-vous attentif à sa pensée, sa posture, sa respiration, ses émotions, ce qu’elle dit, ce qu’elle ressent, ce qu’elle vit ? ou bien ne percevez vous que votre imaginaire et ses mémoires de l’”autre” en général (des peurs ? des menaces ? l’envie d’avoir raison ? l’envie d’exercer un pouvoir ?)

- et pouvez-vous percevoir l’autre tout en vous percevant vous-même ? – pouvez-vous penser à deux ou bien ne pouvez vous penser que seul ? pouvez-vous “être à deux” (cf le texte de Merleau-Ponty sur le vrai dialogue) et pouvez-vous “être” vraiment seul ?

 - pouvez-vous rencontrer l’autre en tant qu’autre ? Ou bien ne rencontrez-vous que votre propre psychisme ? Ne rencontrez-vous l’autre qu’à travers vos propres intérêts immédiats ? Cherchez-vous à utiliser l’autre pour votre profit ? et croyez-vous qu’il y ait de “l’autre” ou qu’il n’y a que du profit ?

 - l’autre n’est-il qu’un objet pour vous ? ou n’est-il qu’un sujet de droit ? ou bien est-ce une vraie personne à vos yeux ? – et pouvez-vous rencontrer une personne dont l’être transcende le vôtre ? (comme le pense Lévinas) - la fragilité qu’exprime le visage humain est-elle un problème pour vous ou bien l’occasion d’éprouver votre responsabilité ? préférez-vous les masques ? les jeux de rôles ? et les personnages qui cachent la personne ? – pouvez-vous parlez aux masques et croyez-vous qu’ils vous répondent ? pouvez-vous parler vrai lorsque vous jouez un rôle ?

- qu’est-ce que parler vrai pour vous ? vous arrive-t-il d’entendre le silence du mental ? vous arrive-t-il d’éprouver la vérité de votre essence ? avez-vous déjà reconnu vos intentions essentielles ?

 - le dialogue n’est-il rien d’autre qu’une alternance de paroles dont la mesure est calculée entre l’autre et vous ? échangez-vous les mots comme on échange les pièces de monnaiesdont la figure finit par s’user (c’est ainsi que Mallarmé décrit un certain usage du « langage courant » – usage qui use au lieu d’enrichir) - ou bien pouvez-vous célébrer voire inventer la joie d’un être ensemble ?

 - vous est-il arrivé de vraiment rencontrer quelqu’un de façon désintéressée, dans l’ouverture de la conscience, l’attention et l’éveil de vos sens au moment présent ? vous est-il arrivé de vous laisser surprendre par la rencontre ? – ou bien avez-vous besoin de tout contrôler ? Et savez-vous pourquoi ?

- Aimez-vous partager et donc perdre une partie de votre pouvoir ? Ou bien êtes-vous jaloux et incapable de partager (cf Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux) – l’autre serait-il chose en votre possession ou bien cet être insaisissable par essence, surprenant, et merveilleux précisément parce qu’il est imprévisible et dotée d’une réelle liberté personnelle ?

 - que ressentez-vous lorsque vous regardez vraiment dans les yeux de l’autre ? êtes vous capable d’écouter ce que vous ressentez ? êtes vous disponible au ressenti du moment présent ? avez-vous de la place en vous pour être généreux c’est à dire attentif ? ou bien êtes-vous quelqu’un de toujours pré-occupé ? Foncez-vous les sourcils lorsque vous réfléchissez ? - Êtes-vous toujours distrait ? aimez-vous que les autres soient distraits avec vous ? Savez-vous pourquoi l’attention réciproque est gage d’une augmentation d’énergie (energeïa en grec : « force en action ») mutuelle ?

 - savez-vous regarder plutôt que voir ? savez-vous écouter plutôt qu’entendre ?

 - lorsque la colère, l’agressivité ou l’impulsivité vous saisit vous dites après coup que cela était plus fort que vous. Imaginons un instant que vous ayez eu le choix et que vous ayez fait de choix de dire oui à votre colère, (ou agressivité, impulsivité) plutôt que de choisir une autre option : pouvez-vous expliquer pour quelles raisons vous auriez fait ce choix ? parmi toutes les options possibles à ce moment là savez vous pourquoi vous choisissez celles-ci ? pourquoi renoncez-vous aux autres ? Avez-vous conscience que certaines options ne sont bénéfiques ni pour soi ni pour l’autre ? Pensez-vous (comme dans certaines cours de collèges) qu’il faille blesser l’autre pour se faire respecter et se respecter soi-même ?

- pensez-vous que la colère puisse s’exprimer sans agressivité ? confondez-vous la colère et l’agressivité ? – dans quel monde avez-vous envie de vivre ? avez-vous envie de participer à la folie collective ? ou bien cherchez-vous à participer à la sagesse ? à autre chose ?

- pouvez-vous nommer ce que vous cherchez ? savez-vous quel est votre désir essentiel ? avez-vous choisi vos perspectives de vie ? êtes-vous libre ? c’est-à-dire savez vous vous dominer ?

 - l’autre est-il le support de vos désirs, inquiétudes et intérêts ? rencontrez-vous les désirs, inquiétudes et intérêts de l’autre ?

- avez-vous déjà fait le poirier ? comment vous sentiez vous ? quel regard portiez-vous sur le moment présent ?

- aimez-vous la beauté ? la cherchez-vous ? êtes vous capable d’embellir l’autre lorsque vous l’aimez ?

 - quel sens donnez-vous à la relation amoureuse ? pouvez-vous décrire ce qu’est pour vous une relation amoureuse idéale ?

 - si l’amour est de “donner ce que l’on n’a pas” (Lacan) avez-vous en vous de l’être qui déborde ce que vous avez ?

( On souffle et on sourit… à suivre…)

George Steiner, un phare pour l’humanité…

Classé dans : G.Steiner,Heidegger,La Culture,Video Philo — 21 octobre, 2009 @ 4:10

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                                                                                 Juan Miro, (Hand catching a bird)

« J’ai essayé de passer ma vie à comprendre pourquoi la haute culture n’a pas pu enrayer la barbarie. » ( extrait de Ce qui me hante)

« J’ai eu de la chance avec mes professeurs. Ils m’ont laissé persuadé que, sous sa forme la plus haute, la relation de maître à élève est une allégorie en acte de l’amour désintéressé. » (extrait de Errata. Récit d’une pensée)

Voici un penseur de 80 ans cette année, un éclaireur des consciences et un intellectuel qui a toujours pensé que la culture avait la vocation universelle de nous aider à mieux comprendre le monde et nous-même… Et cependant il ose poser la question de la valeur de la culture et du rôle des intellectuels contre la barbarie…

Dans ses derniers écrits il fait l’hypothèse que certains théories font office de fictions déréalisantes qui, au lieu d’enrichir notre compréhension du monde, font écran à notre rencontre avec lui. L’imagination aurait sa part d’effets captivants dans toutes les théories : qu’elles soient scientifiques, politiques, poétiques, philosophiques etc… C’est en raison de la séduction qu’exercent les théories sur notre imaginaire que, peut-être, comme se le demande G. Steiner (et H. Arendt avant lui)  les brillants intellectuels allemands au 20°s n’ont pas pu empécher le nazisme…

VIDEOS avec STEINER :

http://archives.tsr.ch/player/ecoles-steiner (ici Steiner s’exprime sur la philosopie, la culture, Heidegger et le nazisme)

http://www.youtube.com/watch?v=sTF_3wHRIjQ (court extrait d’un entretien de G. Steiner pour Philosophie Magazine)

http://www.youtube.com/watch?v=jfvXhytyHVg&feature=related   (and this one on poetry and the famous sentence of Heidegger -  une thèse de Heidegger : Nous habitons le langage, il parle en nous et structure l’ensemble du réel )

A lire :  Dans le château de Barbe-bleue. Notes pour une redéfinition de la culture, Gallimard, 1986
Également paru en édition de poche : Folio Essais n° 42
N.B. : Cet ouvrage a initialement paru en 1973 sous le titre La culture contre l’homme aux éd. du Seuil
(titre original : In Bluebeard’s Castle: Some Notes Towards the Redefinition of Culture, 1971)

L’Amour est infiniment créateur de Beauté (il vise l’éternité et l’immortalité…)

Classé dans : Le banquet,Platon,Textes — 19 octobre, 2009 @ 9:30

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                                                                             Juan Miro

Dans cette partie du dialogue entre Socrate et Diotime, celle-ci explique comment un désir d’éternité, d’infini, d’excellence et de beauté façonne l’Amour. Et l’Amour lui-même est infiniment « créateur » de Beauté… (Pour le dire plus simplement –  le désir d’amour ou de beauté qui travaille tout homme est lui-même traversé par un désir plus profond : le désir d’infini, d’immortalité et d’éternité…) 

———-

(Socrate) Je repris : « Eh bien, soit, étrangère : tu as raison. Mais si telle est la nature de l’Amour, à quoi sert-il aux hommes ?

- Justement, Socrate, je vais à présent essayer de te l’apprendre. L’Amour a donc un tel caractère et une telle origine : il est amour des choses belles, comme tu le déclares. Or, si l’on nous demandait : « Qu’est-ce que l’amour des choses belles ? » ou plus clairement : « Celui qui aime les choses belles, aime : qu’est-ce qu’il aime ? »

- Qu’elles lui appartiennent, répondis-je.

- Cette réponse, dit-elle, appelle encore une question, que voici : « Qu’arrivera-t-il à l’homme qui possédera les choses belles ? »

- Je déclarai que je n’étais guère capable de répondre sur-le-champ à cette question.

- Eh bien, dit-elle, supposons qu’on remplace beau par bon et qu’on te demande : « Voyons, Socrate, celui qui aime les choses bonnes : qu’est-ce qu’il aime ? »

- Qu’elles lui appartiennent, dis-je.

- Qu’arrivera-t-il à l’homme qui possède les choses bonnes ?

- Ici je puis répondre plus facilement, dis-je : il sera heureux

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L’amour et l’ascension dialectique vers le Beau…

Classé dans : Le banquet,Textes — 19 octobre, 2009 @ 7:35

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                                                                                                         Joan Mitchell

Diotime poursuit ses révélations sur la nature d’Eros, et en vient à la révélation suprême sur l’ascension dialectique vers le « Beau »… (observez bien les différentes étapes de cette ascension… qu’en déduisez-vous au sujet du désir humain ?)

« Voilà sans doute, Socrate, dans l’ordre de l’amour, les vérités auxquelles tu peux être, toi aussi, initié. Mais la révélation suprême et la contemplation qui en sont le but quand on suit la bonne voie, je ne sais si elles seront à ta portée. Je vais parler pourtant, dit-elle, sans ménager mon zèle. Essaye de me suivre, toi-même, si tu en es capable.

Il faut, dit-elle, que celui qui prend la bonne voie pour aller à ce but commence dès sa jeunesse à rechercher les beaux corps. En premier lieu, s’il est bien dirigé par celui qui le dirige, il n’aimera qu’un seul corps, et alors il enfantera de beaux discours ; puis il constatera que la beauté qui réside en un corps quelconque est sœur de la beauté d’un autre corps et que, si l’on doit chercher la beauté qui réside en la forme, il serait bien fou de ne pas tenir pour une et identique la beauté qui réside en tous les corps. Quand il aura compris cela, il deviendra amoureux de tous les beaux corps, et son violent amour d’un seul se relâchera : il le dédaignera, il le jugera sans valeur. Ensuite il estimera la beauté des âmes plus précieuse que celle des corps, en sorte qu’une personne dont l’âme a sa beauté sans que son charme physique ait rien d’éclatant, va suffire à son amour et à ses soins. Il enfantera des discours capables de rendre la jeunesse meilleure ; de là il sera nécessairement amené à considérer la beauté dans les actions et dans les lois, et à découvrir qu’elle est toujours semblable à elle-même, en sorte que la beauté du corps soit peu de chose à son jugement. Ensuite, des actions humaines il sera conduit aux sciences, pour en apercevoir la beauté et, les yeux fixés sur l’immense étendue qu’occupe le beau, cesser désormais de s’attacher comme le ferait un esclave à la beauté d’un jeune garçon, d’un homme, ou d’une seule action – et renoncer à l’esclavage qui l’avilit et lui fait dire des pauvretés. Qu’il se tourne au contraire vers l’océan du beau, qu’il le contemple, et il enfantera de beaux discours sans nombre, magnifiques, des pensées qui naîtront dans l’élan généreux de l’amour du savoir, jusqu’à ce qu’enfin, affermi et grandi, il porte les yeux vers une science unique, celle de la beauté dont je vais te parler.

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L’amour (extrait du Banquet de Platon)

Classé dans : Le banquet,Platon,Textes — 19 octobre, 2009 @ 7:12

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                                          rothko.jpg  Marc Rothko

Socrate : Voici le discours sur l’Amour que j’entendis un jour de la bouche d’une femme de Mantinée, Diotime, qui était savante en ce domaine comme en beaucoup d’autres. C’est elle qui jadis, avant la peste , fit faire aux Athéniens les sacrifices qui écartèrent pour dix ans le fléau. Et c’est elle justement qui m’a instruit des choses de l’Amour… Je vais essayer de vous rapporter les paroles qu’elle me tenait, en partant des conventions acceptées par Agathon et par moi, c’est-à-dire avec mes seuls moyens, et comme je pourrai. Il faut, comme tu l’as toi-même exposé, Agathon, que j’explique d’abord la nature de l’Amour, ses attributs, et ensuite ses oeuvres Le plus facile, me semble-t-il, est de suivre dans mon exposé l’ordre que suivait jadis l’étrangère, dans l’examen qu’elle me faisait subir. Car je lui répondais à peu près comme Agathon me répond à présent : je déclarais que l’Amour était un grand dieu, et qu’il était amour du beau. Et elle me prouvait mon erreur par les mêmes raisons dont je me suis servi en discutant avec Agathon : elle disait que l’Amour n’était ni beau, selon mon propre langage, ni bon. »

l’Amour (Eros) est un être intermédiaire

- Je lui répliquai : « Que dis-tu, Diotime ? Dans ce cas l’Amour est laid, et mauvais ? – Pas de blasphème ! dit-elle. Crois-tu que ce qui n’est pas beau doive être forcément laid ? – Bien sûr ! – Et que, de même, ce qui n’est pas savant doive être ignorant ? N’as-tu pas saisi qu’il y a un milieu entre science et ignorance ? – Lequel ? – Avoir une opinion droite sans être à même d’en rendre raison. Ne sais-tu pas, dit-elle, que ce n’est ni savoir (car une chose dont on n’est pas à même de rendre raison comment pourrait-elle être une science ?) ni ignorance (car ce qui atteint par hasard le réel peut-il être une ignorance ?). L’opinion droite est bien, je suppose, semblable à ce que je dis : un milieu entre la pensée juste et l’ignorance.

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Le « pourquoi » n’est-il pas la marque de l’humain ?

Classé dans : Philo Intro — 19 octobre, 2009 @ 7:01

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Efforcez-vous d’aimer vos questions elles-mêmes, chacune comme une pièce qui vous serait fermée, comme un livre écrit dans une langue étrangère…Ne cherchez pas pour le moment des réponses qui ne peuvent vous être apportées, parce que vous ne sauriez pas les mettre en pratique, les vivre. Ne vivez pour l’instant que vos questions, peut-être simplement en les vivant, finirez-vous par entrer sensiblement, un jour, dans les réponses…Confiez-vous à ce qui vient.      Rainer-Maria Rilke,  Lettres à un jeune poète.

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“Nous partons de cette fatalité que les chemins de la pensée débouchent inévitablement sur l’interrogation immémoriale : au nom de quoi peut-on vivre ? C’est-à-dire, pourquoi vivre ? Oui, pourquoi ? Il n’est au pouvoir d’aucune société de congédier le “pourquoi ?”, d’abolir cette marque de l’humain. Et pourtant…L’effondrement du questionnement, en cet Occident trop sûr de lui-même, est aussi impressionnant que ses victoires scientifiques et techniques. La peur de penser en dehors des consignes a fait de la liberté, si chèrement conquise, une prison du discours sur l’homme, et la société un langage de plomb. Que se passe-t-il ? (…) Il ne suffit pas de produire la chair humaine pour qu’elle vive, il faut à l’homme une raison de vivre. (…) ”  Pierre Legendre, La fabrique de l’homme occidental, 1992

Dans cette question du « pourquoi » vivons nous et « pour quoi », c’est la recherche de notre raison d’être qui se joue. Cette question peut cheminer en chacun. Et dans un premier temps la réponse n’est pas le but immédiat, car  le cheminement que provoque la question vaut en soi.  A chacun, donc, de l’expérimenter pour s’en convaincre…

Synthèse sur 3 textes commentés en début d’année

Classé dans : corriges — 17 octobre, 2009 @ 7:17

INTRO A l’acte de « PHILOSOPHER » (initiation méthode => PB, thèse, q°, idées)

TEXTE 1- RILKE / PB : Qu’est-ce qui importe le plus pour cheminer vers le sens de notre existence : les questions ou les réponses ? THESE: les q° ont plus de valeur (importance, prix ) il importe de ne pas vouloir trop vite les réprimer ou les refermer par des réponses artificielles. Les idées à analyser pr 1 commentaire : Les q°. Les réponses. La pratique (à opp à la théorie) La patience et la confiance. L’importance de l’engagement individuel dans un cheminement réellement personnel et la recherche d’authenticité. (qui est l’objet du livre de Rilke). La prise de position existentielle. La singularité.

EX d’analyse brève : Contre l’opinion immédiate qui aurait tendance à affirmer que les réponses ont plus de valeur que les q° ou que le questionnement maintient dans une forme d’inertie ou d’hésitation. Rilke fait ici l’apologie du questionnement. => Q° : Pourquoi cette valeur accordée aux q° ? Prc qu’elles nous mettent en quête de sens (parenté étymo entre question et quête). Une q° engendre une dynamique en nous, elle ns met en mouvement. A l’inverse des réponses trop rapides ou superficielles – apport pré-pensé, significations formatées venant de l’extérieur (« apportées ») – qui referment notre esprit. Se précipiter vers des réponses sans prendre le temps de chercher par soi-même c’est faire l’économie d’une découverte de notre profondeur : il y a en nous de l’inconnu (pièce fermée, livre étranger). La singularité de chaque individu ne peut se déployer que sur l’horizon du sens. Mais le sens est autre que la signification. Le sens est à élaborer par soi-même. A l’inverse les significations sont codifiées, souvent figées, nous pouvons les mémoriser, les utiliser, mais elles n’engagent pas notre singularité. Celle-ci ne peut se déployer que par un cheminement réellement personnel où chacun par ses expériences propres, et sa pratique (>praxix : action) sera à ce point engagé dans sa vie qu’il trouvera progressivement en lui-même des réponses singulières aux q° singulières qu’il se pose.

Le sens n’est pas forcément « déjà là », caché comme un objet égaré ou un trésor enfoui. Il peut être « à inventer » par chacun (= W de l’élaboration personnelle) => éloge de la démarche artistique et de l’individualisme (Rilke l’époq romantiq) et vertu de l’honnêteté intellectuelle. A opposer au « formatage » technique et sophiste ( singes savants !) càd aux conditionnements subis.

TEXTE 2 PLATON/ LE BANQUET/ PB : la recherche philosophique est-elle réservée à une élite de savants ou bien s’adresse-t-elle au commun des mortels ? THESE : Elle s’adresse à ceux qui se tiennent dans une position médiane : entre le savoir et l’ignorance. L’ANALYSE devrait expliq. (cf cours) les différentes positions possibles par rapport au savoir (savant, ignorant, philosophe) et la façon dt Platon remet en q° nos opinions immédiates sur la définit° du savant et de l’ignorant. Montrer aussi que la philosophie n’est pas possession d’1 savoir définitif mais elle représente davantage un certain rapport au savoir, un questionnement et une recherche (« activité zététique » dit Kant). Philosopher c’est apprendre à penser, à s’interroger et à élaborer son savoir. Et non pas accumuler des savoirs (mémoriser des doctrines ou opinions « philosophiques »)

A commenter : l’opposition entre sophistes (« sophos » en tant que savant) et philosophes (philo- »sophos »= où sophos désigne le sage et philo-sophos : la recherche de sagesse) . Analyser les idées de désir et de manque. La dialectique entre les 2, et le mouvement infini de cette dialectique. (Platon : « la pensée est un dialogue intérieur de l’âme sur l’objet qu’elle examine – et qui progresse par questions et réponses ») Analyser aussi le parallèle que fait P entre l’Amour (ici Eros) et le désir philosophique : tous deux visent une plénitude qu’ils n’atteignent jamais, tous deux restent soumis au manque de sorte que le désir lui-même se maintient vivant. Pas de fermeture, de certitude définitive ni de positions figées (pas plus en amour qu’en recherche de sagesse). Illustration et appui possible : la figure de Socrate comme incarnation d’un idéal de recherche philosophique possible.

TEXTE 3 PLATON / L’APOLOGIE DE SOCRATE – la Q° : Qu’est-ce qui importe vraiment pour mener une vie humaine (digne de ce nom) ? est la q° que Socrate posera toute sa vie et vs la trouverez de façon explicite dans l‘Apologie de Socrate (Platon) : avec elle la philosophie s’inaugure comme questionnement éthique et existentiel. PB du texte : vaut-il mieux se soucier des richesses extérieures ou bien se tourner vers notre âme pour tenter de découvrir une richesse intérieure ? THESE : une conversion vers notre intériorité est nécessaire : la recherche des vertus de l’âme (= le souci de l’excellence de l’âme) importe plus que la possession de richesses extérieures qu’elle n’exclut cependant pas.

A ANALYSER (càd vs interro. sur…) : la notion grecque de « vertu » (en grec > « arété »= excellence). La notion platonicienne d’âme : 3 fonctions ou « parties de l’âme » (dans Le Timée) a) la partie inférieure : centre des appétits, et de la cupidité, le ventre. b) la partie médiane, le coeur, les émotions fortes : centre du courage mais aussi de la colère (rq coeur/courage/colère = même étymo latine) c) la partie « supérieure » celle qui doit selon Platon / Socrate ordonner l’ensemble de la « psyché » humaine (âme) : la tête, l’activié de l’esprit, dont une part est « divine »(le « noûs »). Analyser aussi le lien entre vertu individuelle et vertu du collectif (l’Etat).

Questions Intro Philo

Classé dans : Philo Intro,QuestionsPhilo — 14 octobre, 2009 @ 9:19

Aristote « La philosophie est née de l’étonnement »  

A/ 1/ Prenons-nous le temps de nous interroger aujd’hui plus qu’hier ? 2/ Savons-nous encore nous étonner ? (qu’est-ce que ? pouquoi ? comment ?) 3/Ou bien sommes-nous trop impatients pour nous interroger et chercher des réponses par nous-mêmes  ? 4/ Aimons-nous plus les questions que les réponses ? 5/ Les réponses ont-elles plus de valeur ? (Pourquoi ? Est-ce bien certain ? A quelles conditions ? 6/  Ne faut-il pas distinguer plusieurs type de réponses : celles qui sont reçues passivement, celles que nous élaborons nous-mêmes ?

B/ 7/ A qui s’adresse la philosophie ? 8/ À une élite cultivée d’intellectuels, de savants  ou bien s’adresse-t-elle à chaque homme ? 9/ Pensez-vous qu’il soit préférable d’être savant pour philosopher ou bien d’être ignorant ? 10/ Faut-il avoir le désir de savoir plus ou mieux ? 10 / Est-ce le savoir que l’on cherche ? Et quel type de savoir ? (11/ quel est l’objet du savoir essentiel pour la philosophie? 12. Comment définissez-vous la sagesse ?)

C/ 13/ Qu’est-ce qui importe le plus pour exister pleinement ? 14/ Trouver ou donner un sens à son existence ? 15/ Accumuler des biens matériels, des « avoirs », ou bien découvrir un bien intérieur, une richesse de l’être ? 16/ Pour mener une vie bonne faut-il miser sur l’avoir, sur le paraître, ou sur l’être ?

(Ce questionnement dès la 1° semaine de cours a rendu possible de nombreuses analyses et distinctions conceptuelles en cours, avec une belle participation des élèves ; et il fut suivi de 3 textes faisant écho aux 3 groupes de questions.)

Heidegger 1

Classé dans : Heidegger,Sartre,Video Philo — 12 octobre, 2009 @ 10:14

http://www.youtube.com/watch?v=C4d-J_t_dEo

Cette étonnante vidéo amateur permet de découvrir le penseur de « la question de l’être » … penseur controversé, mais dont l’oeuvre a tellement nourri poésies, arts et philosophies du 20°s… Jean-Paul Sartre et l’existentialisme français n’auraient pu exister sans les existentialistes allemands cf ci-dessous.

http://www.youtube.com/watch?v=j7DoStl55hE&feature=related

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